La réunion de l’enfer, ou comment j’ai failli planter mon bic dans une narine (pas la mienne).

J’ai fait 2h de réunion et là, je vous jure, en sortant, j’ai eu des envies de cogner des gens. Mais vraiment.

Il y a un projet où, comme j’ai de vagues connaissances en la matière, on m’a demandé de venir mettre mon nez, pour jeter un œil et donner mon avis, parce que ça fait 6 mois que ça n’avance pas. Normalement c’est pas ma structure, pas mon département, et certainement pas mon boulot, mais comme je suis sympa, j’ai dit oui à titre consultatif.

On vient de faire 2h de réunion pour rien, en fait. Mais vraiment. Je m’en étrangle de rage pour ne rien vous cacher. Il y un quidam qui devrait gérer ça, mais en fait non, ça ne doit pas l’intéresser, ou il a sûrement des choses beaucoup plus palpitantes à faire. Donc il vient, il laisse le directeur s’occuper de tout pendant qu’il pianote sur son ordinateur. En fait il a passé 2h à empêcher la réunion d’avancer en faisant des remarques, qui, à part monopoliser l’attention sur lui et faire croire qu’il participe, n’ont aucun intérêt. Mais vraiment aucun. Du style « Y a une faute de frappe à la ligne 12, là, non il faut le signaler, parce que vous comprenez, on commence comme ça, et après le reste du laxisme blablablabla » ou bien « Moi je trouve l’image un peu grosse, il faut penser aux gens qui consultent ça sur une tablette ou un smartphone, sinon, après, ils voient moins bien, et du coup blablablablabla ».

J’avais envie de lever la main, d’obtenir l’attention publique, et de dire posément : « Est-ce que quelqu’un se rend compte qu’il monopolise 8 personnes pour un projet dont il aurait dû se charger, parce que c’est SON TAF, et que non content de ne pas le faire, il fait perdre du temps et empêche de bosser des gens qui ont peut-être, eux, du travail qu’ils essaient de faire correctement? Enfin, je sais pas, hein, mais est-ce que quelqu’un est bien CONSCIENT DE CE QUI SE PASSE ICI OU C’EST JUSTE MOI? »

J’ai failli lui enfoncer mon bic dans le cerveau, via la narine, juste pour qu’il se taise. Vraiment. Mon regard s’est porté sur mon bic… Sa narine… J’ai commencé à faire des calculs de trajectoire pointe-du-bic-narine-de-la-cible…

Ce qui m’a fascinée, c’est le moment où il a interrompu le directeur du département (qui ne devrait même pas être là, parce qu’il devrait pouvoir déléguer ce projet sans s’en occuper), pour dire un truc du style « Ha oui, au fait, Machine, il me faudrait ça, il faudra que tu le fasses. – Mais euh, pour cette future version du projet sur laquelle on bosse ? Je comprends pas.
– Ben non, sur l’actuelle, mais bon je te le dis pendant que j’y pense. »

Fa-sci-nant. A aucun moment, on ne lui a dit : « Oyez, oyez, règle de base, de bon sens et de courtoisie à la fois :  tu n’interromps pas la discussion de 8 personnes juste pour dire le premier truc qui te passe par la tête à ta voisine. Tu le notes sur ton carnet, et tu lui en parles après la réunion. Donc, tu la fermes. Merci. »

Et là où il est vraiment hyper fort, c’est quand on est arrivé à la fin, et où après avoir donc passé 2H à raconter des énormités plus grosses que lui, il a conclu brillamment par :

« Donc on va faire venir un prestataire externe qui va se charger de faire le boulot pendant 3 jours. »

Moi, intérieurement : bravoooooo c’est exactement ce que je leur avais déjà dit de faire il y a 6 mois...

« J’aimerais mieux qu’il vienne travailler sur place, qu’on vérifie s’il est compétent. »

Moi, toujours intérieurement : et je me demande bien comment tu vas vérifier ça vu que tu es toi-même totalement incompétent en la matière…

« De la sorte, il pourra en profiter pour former Machine et Appolonie, comme ça elles s’en chargeront à l’avenir. »

Moi : Ouais ouais c’est ça cause toujours tu… Hein… Quoi… Attends… Mais qu’est-ce que …  Attends mais qu’est-ce qu’il vient de dire de qui va être formé à quoi là !?!?

Là… là… J’ai failli me lever et l’acclamer. Je regrette, à un point que vous n’imaginez pas, de ne pas m’être mise debout pour applaudir, avec force et éclat, cet instant magique : il ne fait pas son boulot, il se débrouille pour tout refourguer à d’autres, il empêche les malheureux désignés d’office d’avancer à force de noyer le poisson. Et, stade ultime, il se débrouille pour essayer de me fourguer une partie du travail alors que je ne fais même pas partie de sa structure et que je n’ai rien à y faire.

Ce jour, j’ai reçu une grande leçon professionnelle. Je pensais pourtant en avoir vu des vertes et des pas mûres en bossant en agence de com. J’ai dû réviser avec humilité mon opinion, car, non, je n’ai pas tout vu, et je dois me faire à l’idée que le monde du travail parviendra toujours à m’étonner.

Tant de suffisance et d’incompétence mêlées à une outrecuidance pareille… Moi je dis, chapeau, l’artiste.

Le haïku palpitant – 2

Dimanche d’automne ensommeillé,

repos de la machine à laver.

Fucking chaussettes lundi matin.

 

(Je me demande si je ne vais pas faire du haïku palpitant une rubrique hebdomadaire tous les lundis matins…)

(Et sinon on m’a demandé si vous pouviez participer, n’hésitez pas à poster vos compositions dans les commentaires, qu’on se marre un peu)(et j’ai bien dit dans les commentaires, pas sur mon facebook, soyez pas égoïstes et participez donc au gloussisme* collectif, tout le monde en a bien besoin en ce moment).

* Le gloussisme est un terme que j’ai emprunté à l’Impératrice Pétronille, dont je vous invite à aller lire le Beulogue que j’aime beaucoup.

Merci mère-grand

Vendredi soir, j’étais de très mauvaise humeur. J’ai passé trois plombes à la poste, avec le genre de queue infernale où il y a 17 personnes devant toi, dont la dame qui veut envoyer des médicaments à sa fille aux US mais du coup il faut vérifier si ça passera la douane, le monsieur qui a 21 bordereaux d’envoi différents à faire enregistrer, etc, etc, et quand toi tu arrives enfin à la caisse 25 minutes plus tard, il n’y a plus personne derrière toi.

J’ai pris le train pour aller chez mes parents qui habitent en banlieue, et évidemment il y avait des difficultés de circulation blablabla, 20 minutes dans les dents. J’arrive à la gare pour prendre le bus, et là, le chauffeur m’a fermé les portes au nez, a avancé son bus d’un mètre, s’est arrêté aussi sec parce qu’une voiture manœuvrait devant, et m’a regardé en secouant la tête ostensiblement quand j’ai toqué à la porte pour me signifier qu’il allait appliquer le règlement à la lettre, il avait quitté l’arrêt et ne m’ouvrirait donc pas, bien qu’il ait fait un mètre. J’ai failli coller des coups de pied de rage dans ses pneus.

J’ai respiré à fond parce qu’il y avait un autre bus six minutes après. En moins de vingt mètres, ledit bus a trouvé le moyen d’arracher le rétroviseur d’un autre bus. Arrêt, dispute des chauffeurs, appel du central, concert de klaxons, gens qui râlent bien fort. Là, j’ai failli descendre du bus et coller un coup de boule aux deux chauffeurs.

La vérité, c’est que j’étais vraiment de très très mauvaise humeur parce qu’on partait le lendemain tôt chez ma grand-mère. Il se trouve qu’elle est atteinte depuis plusieurs années de ce que la médecine appelle pudiquement une « maladie neuro-dégénérative ». Ça veut dire qu’à chaque fois que je vais la voir, au lieu de ma mère-grand qui avait une patate d’enfer et avec qui je me marrais bien, je retrouve une toute petite dame toute recroquevillée dans son fauteuil roulant dont elle ne sort plus, qui ce jour-là ne saura peut-être pas qui je suis, à qui il faudra peut-être donner son dîner à la cuillère parce qu’elle ne peut plus tenir son couvert toute seule. Des fois ça va à peu près. Des fois non. Vraiment pas.

Alors oui, j’y retourne à chaque fois avec la rage au ventre. Mes deux grand-mères sont dans cet état, et je trouve ça dégueulasse. Mais j’y retourne quand même, parce que mes grands-mères, elles m’ont probablement aidée à mettre ma cuillère dans ma bouche quand je ne savais même pas encore comment ça fonctionnait, ni même dire le mot cuillère.

Vendredi soir, à 23h, on a rallumé la télé avec les informations qui tournaient sur les attentats à Paris. La mauvaise humeur, elle a fondu d’un coup. Le petit Cambodge, j’y ai déjà mangé en terrasse. Si je n’avais pas été chez mes parents parce qu’on partait chez mère-grand le lendemain, j’aurais pu dîner dans cette rue.

Samedi matin on a pris la voiture quand même, et le week-end a été très bizarre. On était en province, on n’a pas trop mis les informations à la télé, parce que les films trop agités perturbent ma grand-mère, et qu’on fait tout pour l’épargner au maximum afin qu’elle reste calme et reposée.

Je ne suis rentrée à Paris que dimanche soir. Je me disais que c’était dégueulasse, toujours, d’avoir une grand-mère dans cet état. Et qu’en même temps, il y avait des gens qui avaient vécu bien pire vendredi soir. Et que même si elle ne s’en est pas rendu compte, même si elle ne se rend plus compte de grand chose, ma grand-mère m’a protégée quand même de ce week-end de l’enfer à Paris. Qu’elle m’a épargné de tourner en rond chez moi à regarder en boucle les informations horribles, de guetter le moindre bruit de sirène de police et de flipper dans mon coin.

Parce que oui, ça me fout la trouille de me dire qu’il y a dehors des tarés prêts à tirer sur tout ce qui bouge. Mais ce week-end, j’ai gardé ma toute petite grand-mère, j’ai repensé à tout ce qu’elle a traversé dans sa vie, et je peux vous dire qu’elle en a vécu des vertes et des pas mûres. Je me suis dit qu’elle avait survécu quand même, qu’elle avait dû avoir la trouille souvent, et que pourtant elle était passé par-dessus tout ça, qu’elle avait vécu 80 longues années, fait des enfants, des petits-enfants, et que si elle avait baissé les bras et pleurniché comme j’avais envie de le faire, je ne serais peut-être pas là aujourd’hui pour écrire ce texte un peu long et confus.

Alors voilà. Oui, j’ai la trouille. Non, je vais pas arrêter de vivre. Merci mère-grand.

 

 

 

Le Haïku palpitant – 1

Mes charmants éléphants affriolants,

Le haïku est une forme poétique très codifiée d’origine japonaise. Il s’agit d’un petit poème  extrêmement bref visant à dire l’évanescence des choses. Exemple:

Un vieil étang et
Une grenouille qui plonge,
Le bruit de l’eau.

J’ai décidé, étant donné mon extraordinaire potentiel créatif, de vous livrer parfois ma vision de l’évanescence des choses de ma vie quotidienne. Je suis sûre que vous apprécierez sans le moindre doute les sommets de lyrisme que je peux atteindre. Commençons donc par un épisode inspiré d’une expérience unique en son genre que j’ai vécue hier au soir.

Ôter un piment de l’ongle,
L’œil qui démange.
Sa mère.

Le jour où tout a basculé

Mes petites outardes à moutarde,

Un jour, il s’est passé un truc affreux. Quand on est plus jeune, on a des tas d’idées sur ce qu’on fera ou ne fera pas plus tard. Après la vie te colle quelques tartes, et, comme disait mon professeur de SES au lycée, « prendre une énorme gifle a le mérite de vous faire tourner la tête et de diriger votre regard vers de nouveaux horizons ». Du coup tu changes d’avis. Ou tu commences à faire des choses que tu n’aurais pas faites avant.

Déjà, un jour, j’ai commencé à faire du sport. On en a parlé déjà (enfin c’est surtout moi qui parle évidemment), ça m’a un peu traumatisée vu que j’avais braillé pendant 15 ans que les baskets qui réussiraient à se coller à mes pieds n’étaient pas encore nées. J’ignorais alors qu’une race mutante d’affreuses baskets, aux couleurs douteuses « vert menthe à l’eau et rose saumon avec des liserés blancs », proliférait dans l’ombre avec des petits ricanements machiavéliques pendant que le darwinisme de l’espèce se réjouissait de cette évolution suprême pour que je tombe dans leur piège.

En plus je me suis mise à manger à peu près sainement en même temps, donc là on avait touché le fond. Je vous raconte pas, j’ai dû avouer à tous mes amis que je m’étais mise à faire du sport, parce que forcément ça se voyait un peu que j’avais moins de gras (j’avais honte, mais honte!). Mon ancien colocataire m’a insultée en repensant à toutes les fois où il avait essayé en vain de me motiver à bouger mes fesses, et où j’avais répondu non, des grimaces ou des gros mots (ou les trois). Bref, je pensais que j’avais atteint le summum de la vie saine et sportive en ce qui me concernait, et j’en étais la première surprise.

Mais comme dirait un ami, « quand on a touché le fond, on peut toujours prendre une pelle et creuser ».

J’ai décidé de mettre mon réveil un peu plus tôt ces derniers temps, pour arrêter de devoir sauter dans mes fringues et le dentifrice, et de partir en courant avec la cuillère du thé dans l’oreille pour être à l’heure au boulot. C’est pas mal en fait. Je prends mon petit déjeuner au lit tous les matins (hahaha la décadence!) en bouquinant et en buvant mon thé. J’aime bien.

Et puis c’est devenu carrément malsain. Un matin, je me suis levée, je me suis dit « bon il est tôt, il fait beau, allez hop je vais mettre mes baskets et trotter un peu. » Du coup j’ai mangé une banane, enfilé mes habits de lumière, et j’ai fait un petit footing de 30 minutes avant de revenir finir mon petit-déjeuner, de prendre une douche et de me pomponner pour aller au bureau. Le pire, c’est que j’ai recommencé plusieurs fois. Après je me suis rendue compte que je préférais courir le matin avant d’aller bosser, plutôt que le soir en rentrant, alors j’ai continué sur cette lancée.

Maintenant, je suis une fille sportive qui va courir 2 ou 3 fois par semaine le matin quand il fait encore un peu nuit. Moi qui avais passé 10 ans à ricaner que le burger c’est la vie, 10 ans à répéter que le sport c’est mauvais pour la santé, 10 ans à brailler que l’eau ça fait rouiller… Si ça continue comme ça, je vais finir par devenir une hippie végane et yogiste qui quittera tout pour aller cultiver des graines d’alfalfa (le simple fait que je connaisse le mot alfalfa me consterne totalement)(c’est pas une blague ça existe vraiment) dans une ferme écolo-autonome au fond de la Drôme.

Ce qui me rassure un peu, c’est que le mojito qui me fera reculer n’est pas encore né. Haha.

… Ho merde dans 10 ans je milite dans une ligue anti-alcool… 

 

 

Le je-m’en-foutisme du lundi matin

Mes petits narvals en bois de santal,

Le lundi matin, je suis généralement assez grognon. Surtout quand j’ai passé 35 minutes debout, ballotée par le doux transport du tram bondé qui avait un problème sur la ligne blablabla, avec un abruti qui écoutait avec son casque de la mauvaise musique très fort dans mon oreille gauche, et à mon oreille droite une étudiante gloussante qui raconte au téléphone son palpitant week-end où finalement il ne s’est rien passé avec Charles-Eudes-de-mes-fesses mais elle pense qu’elle a ses chances encore (après 35 minutes de discussion, j’ai failli la gifler en lui disant de laisser tomber direct, elle n’en a clairement aucune).

Après j’ai ouvert ma boite mail, et là, une avalanche de contrariété m’a sauté à la gorge. Notamment, il y a un truc qui m’énerve passablement. Il y a quatre mois, j’ai fait appel à une société informatique pour m’aider sur un problème que j’avais et qui dépassait mes compétences. Depuis, je ne sais pas pourquoi, toute la société en question m’adresse les factures qui n’ont pas été payées depuis des mois et des mois. Les histoires de règlement par mandat administratif, bon de commande et autres subtilités de l’état, je veux bien, ça prend du temps, et c’est long et casse-pied.

Néanmoins, quand je reçois le lundi matin un mail me sommant de payer telle prestation réalisée en janvier 2015, sans quoi ça va barder, ou à défaut de les renseigner sur l’avancement du dossier, ou encore de les envoyer vers le bon contact, la moutarde m’est montée au nez.

Ce à quoi j’ai pu répondre gracieusement :

« Monseigneur,

Loin de moi toute idée de contrarier Votre Magnificence. Nonobstant, je n’œuvrais point encore pour ce brillant creuset de la science au commencement de l’an de grâce 2015, étant donné que j’eus l’insigne honneur d’être recrutée en mai. Bien qu’au désespoir de ne pouvoir accéder à votre requête, je ne saurais trop vous conseiller que de vous adresser à la personne dont le nom, le téléphone et le mail sont inscrits sur ladite facture. En haut. Si si, là, juste à côté du mot « Facture » et « Contact ». Restant votre humble serviteur, je me permets néanmoins de vous recommander d’apprendre donc à lire, ce qui, par la grâce du ciel, vous évitera d’emmerder le monde un lundi matin. Sur ces excellentes paroles, je vous souhaite une exécrable journée, et que des scarabées coprophages viennent dévorer votre cerveau. Cordialement bisous. »

 

 

Ma vie, c’est Big Bang Theory (en vrai) – 2

Mes petites pleurotes rigolotes,

Quand je vous disais que je vivais dans Big Bang Theory, c’était pas une blague. Du tout. Même moi je ne pensais pas que ce serait à ce point-là… (La série est TRÈS EN-DESSOUS de la réalité quotidienne d’une vie au côté de brillants scientifiques).

Je vous ai raconté qu’on est parti en colloque scientifique, et que j’avais moi-même failli développer une nouvelle théorie médicale sur l’élasticité de leur anatomie versus celle d’un tube en carton (à mon avis le tube en carton aurait gagné).

On a pris l’avion et, pour le coup, c’est moi qui ai fait n’importe quoi à l’aéroport (du style laisser tout le matériel flambant neuf audio/photo/vidéo dans le sac qui devait rester avec moi en cabine, mais qui était trop lourd donc la dame de l’embarquement l’a envoyé aimablement en soute sans supplément. Et APRÈS qu’il ait franchi le tapis roulant, j’ai réalisé d’un coup ce que je venais de laisser faire, poussé des cris stridents, tapé le souk au guichet, franchi la douane à l’envers avec un mot spécial de la maîtresse pour récupérer ledit sac, qui avait été sorti in extremis du parcours de l’enfer des tapis roulants, pour apparaître par miracle avec les valises du vol en provenance de Naples. Après quoi j’ai sorti le matériel et remis le sac de nouveau à l’embarquement. Ce qu’il faut pas faire pour s’amuser. Haha).

Donc j’étais un peu fatiguée par moi-même en descendant de l’avion, mais au moins, on n’avait perdu personne en route, aucune valise, ni tube à poster, et surtout aucun participant. Nous montâmes gaillardement dans le bus, et là, qu’ouis-je, qu’entends-je? Une invraisemblable discussion de nos doctorants :

 » Hein ? Vous avez joué à quoi ?

– Ben au pendu, on s’ennuyait dans l’avion, alors du coup on a fait un pendu…

– Ha oui et puis c’était pas simple hein. Vu que lui il est italien, elle canadienne, et le dernier voisin de rangée chinois-en-France-depuis-deux-mois, je te raconte pas le cirque…

– Ben faudrait jouer en anglais.

– Oui mais on connait pas de mots complexes, du coup c’est moins drôle. Ou alors faudrait trouver… Ho je sais! On devrait faire des pendus avec des équations!

– What ?

– Mais graaaaaaaaaave, on ferait ça avec des signes mathématiques, des chiffres, et des lettres grecques!

– Ha ouaiiiiiiiiis et si tu trouves à quoi correspond la formule ou le nom de l’équation t’as des points bonus!

– Putain mais c’est génial, en plus on peut tous jouer du coup!!!! »

Je crois que je suis restée bouche grande ouverte, de façon fort peu gracieuse, pendant plusieurs minutes. Je me suis dit qu’il faudrait que je fasse semblant de ronfler très fort au retour pour ne surtout pas jouer avec eux. Franchement, j’étais un peu effarée, mais je n’étais pas au bout de mes peines.

Le dernier soir, ils se sont rassemblés et ont sorti des bouteilles de vin, après quand ils étaient un peu joyeux ils se sont lancés dans un jeu de mimes. J’étais rassérénée, finalement ces jeunes gens pratiquaient des activités communes à tous les étudiants de leur âge (se pinter la tronche et mimer des trucs idiots). Tant qu’on en est resté à « Marylin Monroe » et « steak haché », c’était crétin et pas toujours facile à imiter, mais ça allait encore. Après…

Après ils ont réussi, l’un à imiter, et les autres à deviner « CMB » alias « cosmic microwave background« . En français, « fond diffus cosmologique« , soit l’image la plus complète et la plus précise du fond diffus micro-onde de l’Univers considéré comme la lumière primordiale émise au début de l’expansion, juste après le Big Bang.

Hahaha. Bien évidemment…

CMB. Fastoche.

 

« Call me Penny » : Ma vie, c’est Big Bang Theory (en vrai)

Mes petites supernovas à paillettes,

Il y a quelques temps, j’ai commencé à travailler dans le vaste monde de la recherche publique, avec des tas de gens scientifiques qui ont beaucoup de gros diplômes. Inutile de vous dire que je n’y connais rien. Mais alors rien de rien. Ma culture scientifique s’est arrêtée en terminale L, donc ça ne vole vraiment pas haut par rapport aux gens avec qui je bosse. On m’a embauchée justement pour apporter un peu de sang frais et des nouvelles compétences, mais j’ai tout à apprendre sur leur monde.

Ils ont de ces discussions à la machine à café parfois, ils pourraient parler chinois que ce serait à peu près pareil. Voire pire. Non parce que là, ils utilisent des mots en français, mais je comprends une phrase sur deux. Ça me rappelle un collègue canadien avec qui on parlait anglais : je voyais sa bouche s’agiter, j’entendais des sons, je savais que c’était de l’anglais… et je ne comprenais pas un traître mot de ce qu’il disait (il avait un accent épouvantable que même d’autres canadiens ne comprenaient pas toujours).

Ces scientifiques avec qui je bosse sont souvent des gens géniaux. Ils ont des idées incroyables, ils travaillent sur des concepts et des recherches que je n’aurais jamais pu imaginer, et même les jeunes qui sont en train de passer leur thèse vont développer des sujets de recherche que je trouve fascinants. Moi, ça m’épate. Vraiment. Je ne sais pas où ils vont chercher tout ça.

Ça, c’est le côté positif. Après, des fois, ça devient un peu (complétement) comme dans la série Big Bang Theory. Avec moi dans le rôle de la blonde qui ne comprend rien, et les autres qui font les brillants esprits pourvus du sens pratique d’une bernique anémiée (et encore, j’insulte les berniques).

Récemment, on les a emmenés à l’étranger en colloque. On a demandé à nos étudiants de faire des posters sur leur dernier sujet de recherche. Bon, déjà, graphiquement parlant, inutile de vous dire que j’ai beaucoup ri en recevant les posters, mais je ne dirai rien parce que ce n’est pas leur travail et ils n’ont pas été formés pour ça. Moi je les imprimais, ils n’avaient plus qu’à les récupérer en passant à mon bureau. On était un peu chargé en boulot pour les préparatifs mais ça allait, rien de dramatique par rapport à ce que j’ai pu connaître à l’agence.

Là où ça c’est gâté, c’est quand j’ai reçu un mail disant: « Mais euuuh comment on va faire pour les transporter? Vous pouvez les emmener pour nous? »

Réponse : « Désolée, j’ai déjà 35 kilos de bagages pour le colloque, donc je crains de ne pouvoir accéder à votre requête. Vous les prenez avec vous dans un tube à poster, par exemple. »

Second mail : « Ha mais j’en ai pas, comment je vais faire? »

Déjà là j’avais fortement envie de dire : « Je sais pas, et moi comment je vais faire pour emmener vos brochures, carnets et autres? », mais j’ai été gentille, j’ai répondu : « Très chers amis, il y a des laboratoires à tous les étages avec dedans des gens qui partent souvent avec leurs posters, donc vous pouvez peut-être emprunter un tube à des collègues… »

Troisième mail: « J’ai pas trouvé de tube à emprunter, comment je vais faire? »

J’ai été tentée de répliquer : « Mmmm j’ai une idée, tu te sors les doigts du fondement, tu traverses la rue et tu vas acheter un tube chez Gibert qui est sur le trottoir d’en face, par exemple? ». Bien évidemment, j’ai tourné ça un peu plus poliment. Parfois je maudis ma bonne éducation.

« Ha oui j’y avais pas pensé, merci! ». Suivi une heure après par : « Ha mais y a plusieurs modèles, de 65cm, 90cm ou 140cm de long, je prends lequel? »

« NAN MAIS SÉRIEUSEMENT??? PRENDS LE PLUS GRAND POSSIBLE ET IL VA TERMINER DANS UN ENDROIT DE TON ANATOMIE OÙ TU N’AURAIS JAMAIS CRU QUE ÇA PUISSE RENTRER!!!!!!!! »

J’ai inspiré à fond, respiré plusieurs fois leeeentement, puis je leur ai expliqué que, comme convenu, les posters étaient imprimé en A0, avec donc une largeur de 89cm. Après des brillants calculs scientifiques, ils en ont habilement déduit que ça ne rentrerait pas dans le tube de 65cm, que 140 c’était un peu trop encombrant à trimballer, et ils sont allé en acheter un de 90cm. Ils ont réussi à rouler les posters pour les mettre dedans, et n’ont même pas oublié de mettre leur nom dessus pour l’aéroport.

Le futur de la science est sauvé, tout n’est pas (totalement) perdu.

 

 

 

8 jours, 11 heures, 54 minutes

Des fois, il se passe des choses un peu bizarres dans ma vie sans que je fasse trop exprès. Par exemple je clique sur un truc sur internet et je me retrouve en 4 semaines à déménager au Vietnam. J’ai aussi failli partir avec l’ONU à Haïti avec ce genre de bêtises.

Je me suis mise à faire du sport sans trop faire exprès. Parce que je devais passer des tests sportifs pour un job (que je n’ai pas eu), et du coup je me suis rendu compte après 15 ans de militantisme anti-sportif que tiens, si, c’était pas si mal de trottiner. Six mois plus tard, je courais 10 bornes et j’achetais des baskets de drag queen sous LSD.

Dimanche dernier, je crois que j’ai arrêté de fumer.

Ca faisait un moment que je me disais que je devrais, hein. Que fumer c’est maaaaaal, que ça coûte de souuuuuus, que c’est pas bon pour les poumoooons, que ça tue les licooooooornes, etc etc. Mais en fait j’avais, soyons honnêtes, autant de volonté qu’une huître molle. Autant j’ai pu à une époque m’enfiler 2 paquets par jour dans les périodes de stress (« Wouhouuuuu, et si j’en mets dans les narines et les oreillllllles, ça fait plus de nicotiiiiiiiine?!?!?!?! »). Autant là j’en grillais à peu près 5 en moyenne. Pas de quoi fouetter un chat. Donc bon l’argument financier, ben oui, ça faisait un peu de sous si on comptait sur un mois, mais toujours pas de quoi fouetter un chat (pauvre bête, j’aime autant). Et mes poumons merci, mais avec la pollution à Paris, franchement, on en était pas à un peu de goudron près…

Il y a huit jours, je suis partie à la campagne avec des amis pour le week-end. Un groupe de non-fumeurs majoritaires. Samedi soir, j’ai fumé la dernière cigarette de mon paquet. Après je n’en avais plus. Le dimanche matin, j’ai taxé une cigarette à quelqu’un parce qu’avec le café, quand même, hein, voilà. Je n’en ai pas demandé d’autre, parce que je n’aime pas être la fille qui taxe. Et puis dimanche en fin de journée, on m’a déposée devant chez moi. J’aurais pu ressortir racheter des cigarettes. J’aurais pu. Le tabac de Denfert-Rochereau est ouvert le dimanche après-midi jusqu’à 19h.

J’ai eu la flemme. Voilà, je crois que c’est parti de là: pas envie de ressortir, comme une grosse feignasse. Je ne prétendrai en aucun cas à un effort surhumain d’une volonté de fer dans la lutte contre le tabagisme : j’ai juste une mentalité de lemming.

Après le lundi je me suis dit que si j’avais pu m’en passer dimanche, je n’avais qu’à continuer sur cette lancée. D’après les statistiques, je ne suis même pas vraiment dépendante à la nicotine, c’est juste mon cerveau un peu neuneu qui a pris des habitudes. Il faut juste que j’arrive à convaincre le neuneu que café n’est pas égal à clope, attendre le bus pas égal à clope, boire un verre pas égal à clope…

J’ai ressorti une vieille cigarette électronique que j’avais achetée un jour très lointain. Il n’y a rien que de la flotte et de l’arôme dedans. Quand j’ai envie d’une cigarette, je tire quelques bouffées, le neuneu fait « Haaaaaa de la fuméééééeeeeee shmouik shmouiiik », après il est tout content et ça passe.  J’ai chargé une application à motiver le neuneu sur mon téléphone, elle me félicite régulièrement, et comme j’ai une mentalité de gamine de 5 ans je n’ai pas envie de faire retomber mes bons points. Oui, je vous l’accorde, c’est débile, mais le neuneu l’est tout autant.

Je ne sais pas combien de temps ça va durer. Si j’aurais la motivation réelle pour arrêter. Ou pas. Si ça se trouve cette nuit, je vais me faire arrêter par les flics parce que je secouerai la grille du tabac à 3h du matin en hurlant des insanités pour avoir mon paquet de Marlborough (le tabac et l’hôtel de police du 14ème sont à moins de 100m de chez moi, je vis dangereusement). Je suis un peu fière de moi. En même temps pas trop, parce que j’ai juste eu la flemme.

A l’heure où je vous écris, ça fait 8 jours, 11 heures et 54 minutes que je feinte le neuneu, et je crois bien que j’ai arrêté de fumer sans faire exprès.

 

Le téléphone vaudou

Mes petites mouflettes à houpette,

Comme dit précédemment, j’ai donc un nouvel emploi dans le fascinant monde de la recherche publique. Des amis, qui baignent dedans depuis un bon moment, m’avaient prédit un tas de choses assez saugrenues, par exemple sur la gestion des personnels, la force d’inertie du système, ou un certain nombre de choses qui fonctionnent de telle façon que les Shadoks n’auraient par renié le schmilblick.

Par exemple, le premier mois, on a oublié de me payer (oui payer les gens c’est très accessoire au début, apparemment). Ou bien je suis sensée bosser sur deux sites, mais je n’ai toujours pas de bureau dans le deuxième site (j’en aurai peut-être un en octobre quand une personne qui doit démissionner va partir, parce qu’apparemment me trouver un bureau et un poste téléphonique, en 3 mois ça n’a pas pu se faire, c’est trop compliqué). Bienvenue dans la maison des fous!

Mais il y a un truc qui surpasse tout le reste.

J’ai un TELEPHONE VAUDOU. Si si si. Parfaitement. Il est sous une influence spirituelle très farceuse, qui provoque des tas de choses aléatoires dans le réseau téléphonique.

Je vous explique. Quand je suis arrivée, on m’a donné un poste téléphonique que j’ai donc branché à la prise murale prévue à cet effet. Deux heures après déjà un coup de téléphone, ce qui me stupéfie car personne ou presque n’avait encore mon numéro. Je décroche : au bout du fil une dame très surprise de tomber sur un timbre féminin, vu qu’elle appelait le portable de son mari (si j’avais été vicieuse, j’aurais braillé un truc du genre « Tu ne le reverras jamais, morue, il était temps que tu saches qu’il m’a fait deux enfants et que désormais il fera sa vie avec moi!!! » avant de lui raccrocher au nez. Juste pour rire. Oui j’ai un humour terrible.)

Nous concluons donc à l’erreur de composition de numéro, désolée de vous avoir dérangée, je vous en prie, au revoir madame bonne journée. Vingt secondes après, paf, rebelote. Elle retente une troisième fois, c’est encore moi. Il s’avère après discussion que son mari bosse dans le labo qui vient de m’embaucher, il a peut-être foiré son renvoi de portable et l’a dirigé vers mon poste. Bon. C’est ballot mais admettons.

En quelques semaines, ça commence à s’accumuler. Mon poste sonne, ce sont des gens qui veulent le service informatique, Madame Duchmol, la comptabilité de la société Schmoldu. La stupeur et la moutarde commence à me monter au nez. Lundi matin, le répondeur clignote et j’ai droit à une scène de ménage enregistrée : « Ha bravo maintenant tu te mets sur répondeur quand j’appelle juste pour pas me parler, c’est dégueulasse, je te préviens tu vas pas t’en sortir comme ça! Tu me dois des explications! ». Suivi d’une salve de noms d’oiseaux. Je n’ai pas osé rappeler pour dire qu’à priori elle s’était adressée au mauvais répondeur…

Enfin ce matin on a touché le pompon: la dame voulait joindre un intérimaire conducteur de poids lourds sur son portable, elle a bien composé le bon numéro de portable qui s’affiche sur son poste, et elle atterrit chez moi, deux fois de suite.

Du coup j’ai la ferme intention de procéder à un désenvoutement (mais j’ai peur que ma collègue de bureau tombe amoureuse de moi, elle vient d’acheter une maison avec son conjoint alors ça m’embêterait un peu…)

marabout-vaudou

 

 

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