L’ode funéraire au bien aimé

Mes petits chlamydophores tronqués,

Aujourd’hui c’est la désespéritude totalesque.  Déjà il y a peu j’ai oublié mon carnet à dessin nomade que j’ai toujours sur moi chez des amis, après mon piano électronique tout neuf a décidé de rendre l’âme subitement, et là jamais deux sans trois : mon jean fétiche est mouru.

Ce jean, je l’aime d’amour depuis longtemps pour plusieurs raisons. D’abord, j’ai renoncé il y a un moment à être la fille impeccable en jupe-talons tous les jours (pardon maman, les mères-grands et toutes les femmes élégantes qui m’ont précédée, mais juste j’ai pas le courage), et ce jean, c’est devenu celui que j’enfilais le matin sans réfléchir parce que voilà.

En plus, il datait de mon séjour au Vietnam. Un vrai-faux Dolce & Gabbana payé au moins 300.000 dongs si mes souvenirs sont bons (ça doit faire presque 10€, une véritable fortune!!!). En soi ce n’était pas du tout la marque de contrefaçon collée dessus qui m’avait attirée, c’est surtout que c’était probablement le SEUL jean de tout Hanoï dans lequel j’ai pu rentrer mon hippopotamesque anatomie de bibendum occidental. On a passé une après-midi entière avec ma copine Manu à faire tous les magasins qu’on a croisés,  à sautiller compulsivement en cabine pour essayer de rentrer dans ces saloperies de pantalon et de les fermer sans arrêter de respirer (échec 9 fois sur 10, et encore, quand la vendeuse ne nous riait pas direct au nez au moment où on franchissait la porte).

Hier, au moment de l’enfiler, soudain j’ai vu l’horreur dans toute sa totalité : la toile est en train de céder à côté de la couture en haut de la cuisse droite. Il y a même déjà un trou un peu plus bas que je n’avais pas vu, de toute petite taille certes, mais quand même.

D’un côté, heureusement que je m’en suis aperçue à temps. J’imagine d’ici la scène d’enfer, moi me penchant pour ramasser un stylo au milieu de mes collègues, un grand CRAC sonore et la moitié de mon fessier dévoilé au public ébahi et hilare. Crédibilité professionnelle ruinée. (évidemment il ne cédera pas au moment où je serai chez moi seule en train de récurer le placard sous l’évier, où serait l’intérêt ?)

Me voici donc plongée dans les abysses insondables de la recherche d’un nouveau jean fétiche, alors que je sanglote encore la perte du bien aimé Dolce & Gabbana à 300.000 dongs. Je ne sais pas comment je pourrais le remplacer, tellement il était doux et vieux, et il s’était usé sur moi en prenant ma forme, bref il était parfait et même si j’en trouve un autre bien, ce ne sera plus jamais pareil. Je parcours les sites en ligne et les rayons de magasin avec l’air morne, la carte bleue en berne, la lippe pendante et tremblotante, nul modèle ne trouvant grâce à mes yeux. J’en ai essayé plusieurs, aucun ne pouvait remplacer mon préféré.

… En revaaaaaaanche, il faudra qu’on m’explique par quel processus de deuil assez étrange je suis repartie des magasins sans jean, mais avec une marinière, des ballerines et un foulard (je suis une misérable).

 

2 Comments on L’ode funéraire au bien aimé

  1. Iris in London
    28 janvier 2016 at 17 h 11 min (2 années ago)

    1. Qui récure le placard sous l’évier avec son jean favori sur les fesses?
    2. Les marinières et les ballerines, ça console bien, c’est légitime !
    3. Perso je considère sérieusement une autopsie de mon jean favoris auprès d’une couturière le jour de son décès 😉

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    • Appolonie
      1 février 2016 at 12 h 12 min (2 années ago)

      Nan mais on est tous d’accord que la mort du jean préféré c’est GRAVE et que ça mérite du soutien/réconfort psychologique à travers d’autres achats ? :p (sinon je note l’idée de l’autopsie par la couturière, c’est pas bête du tout… )

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