La réunion de l’enfer, ou comment j’ai failli planter mon bic dans une narine (pas la mienne).

J’ai fait 2h de réunion et là, je vous jure, en sortant, j’ai eu des envies de cogner des gens. Mais vraiment.

Il y a un projet où, comme j’ai de vagues connaissances en la matière, on m’a demandé de venir mettre mon nez, pour jeter un œil et donner mon avis, parce que ça fait 6 mois que ça n’avance pas. Normalement c’est pas ma structure, pas mon département, et certainement pas mon boulot, mais comme je suis sympa, j’ai dit oui à titre consultatif.

On vient de faire 2h de réunion pour rien, en fait. Mais vraiment. Je m’en étrangle de rage pour ne rien vous cacher. Il y un quidam qui devrait gérer ça, mais en fait non, ça ne doit pas l’intéresser, ou il a sûrement des choses beaucoup plus palpitantes à faire. Donc il vient, il laisse le directeur s’occuper de tout pendant qu’il pianote sur son ordinateur. En fait il a passé 2h à empêcher la réunion d’avancer en faisant des remarques, qui, à part monopoliser l’attention sur lui et faire croire qu’il participe, n’ont aucun intérêt. Mais vraiment aucun. Du style « Y a une faute de frappe à la ligne 12, là, non il faut le signaler, parce que vous comprenez, on commence comme ça, et après le reste du laxisme blablablabla » ou bien « Moi je trouve l’image un peu grosse, il faut penser aux gens qui consultent ça sur une tablette ou un smartphone, sinon, après, ils voient moins bien, et du coup blablablablabla ».

J’avais envie de lever la main, d’obtenir l’attention publique, et de dire posément : « Est-ce que quelqu’un se rend compte qu’il monopolise 8 personnes pour un projet dont il aurait dû se charger, parce que c’est SON TAF, et que non content de ne pas le faire, il fait perdre du temps et empêche de bosser des gens qui ont peut-être, eux, du travail qu’ils essaient de faire correctement? Enfin, je sais pas, hein, mais est-ce que quelqu’un est bien CONSCIENT DE CE QUI SE PASSE ICI OU C’EST JUSTE MOI? »

J’ai failli lui enfoncer mon bic dans le cerveau, via la narine, juste pour qu’il se taise. Vraiment. Mon regard s’est porté sur mon bic… Sa narine… J’ai commencé à faire des calculs de trajectoire pointe-du-bic-narine-de-la-cible…

Ce qui m’a fascinée, c’est le moment où il a interrompu le directeur du département (qui ne devrait même pas être là, parce qu’il devrait pouvoir déléguer ce projet sans s’en occuper), pour dire un truc du style « Ha oui, au fait, Machine, il me faudrait ça, il faudra que tu le fasses. – Mais euh, pour cette future version du projet sur laquelle on bosse ? Je comprends pas.
– Ben non, sur l’actuelle, mais bon je te le dis pendant que j’y pense. »

Fa-sci-nant. A aucun moment, on ne lui a dit : « Oyez, oyez, règle de base, de bon sens et de courtoisie à la fois :  tu n’interromps pas la discussion de 8 personnes juste pour dire le premier truc qui te passe par la tête à ta voisine. Tu le notes sur ton carnet, et tu lui en parles après la réunion. Donc, tu la fermes. Merci. »

Et là où il est vraiment hyper fort, c’est quand on est arrivé à la fin, et où après avoir donc passé 2H à raconter des énormités plus grosses que lui, il a conclu brillamment par :

« Donc on va faire venir un prestataire externe qui va se charger de faire le boulot pendant 3 jours. »

Moi, intérieurement : bravoooooo c’est exactement ce que je leur avais déjà dit de faire il y a 6 mois...

« J’aimerais mieux qu’il vienne travailler sur place, qu’on vérifie s’il est compétent. »

Moi, toujours intérieurement : et je me demande bien comment tu vas vérifier ça vu que tu es toi-même totalement incompétent en la matière…

« De la sorte, il pourra en profiter pour former Machine et Appolonie, comme ça elles s’en chargeront à l’avenir. »

Moi : Ouais ouais c’est ça cause toujours tu… Hein… Quoi… Attends… Mais qu’est-ce que …  Attends mais qu’est-ce qu’il vient de dire de qui va être formé à quoi là !?!?

Là… là… J’ai failli me lever et l’acclamer. Je regrette, à un point que vous n’imaginez pas, de ne pas m’être mise debout pour applaudir, avec force et éclat, cet instant magique : il ne fait pas son boulot, il se débrouille pour tout refourguer à d’autres, il empêche les malheureux désignés d’office d’avancer à force de noyer le poisson. Et, stade ultime, il se débrouille pour essayer de me fourguer une partie du travail alors que je ne fais même pas partie de sa structure et que je n’ai rien à y faire.

Ce jour, j’ai reçu une grande leçon professionnelle. Je pensais pourtant en avoir vu des vertes et des pas mûres en bossant en agence de com. J’ai dû réviser avec humilité mon opinion, car, non, je n’ai pas tout vu, et je dois me faire à l’idée que le monde du travail parviendra toujours à m’étonner.

Tant de suffisance et d’incompétence mêlées à une outrecuidance pareille… Moi je dis, chapeau, l’artiste.

2 Comments on La réunion de l’enfer, ou comment j’ai failli planter mon bic dans une narine (pas la mienne).

  1. yannl01
    1 mars 2016 at 10 h 02 min (2 années ago)

    Moi j’ai fait un planté de bâton dans une narine dès la maternelle. C’était méchant et violent, j’ai fini au placard.

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    • Appolonie
      14 mars 2016 at 13 h 55 min (2 années ago)

      J’ai cogné un camarade de classe à coup de râteau en plastique en maternelle (il avait jeté du sable dans les yeux de mon petit frère). Je devrais aller peut-être me racheter un râteau de plage pour mes réunions…

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