Le problème de temporalité prestataire-client

Cher lectorat tout palpité,

Aujourd’hui, je me propose d’aborder avec vous un phénomène récurrent et classique dans mon travail, qui a le don de me mettre hors de moi et de vouloir sacrifier des bébés phoques à satan en les égorgeant avec les dents pour appeler la malédiction la plus noire sur 47 générations.

Là j’expose mon cas particulier mais je suis sûre que tout le monde peut se l’appliquer, et devenir dingue à son tour. Or j’ai eu ce jour une révélation incroyable au sujet de ce soucis majeur dans le monde, à côté duquel Ebola ou la couche d’ozone sont une vaste plaisanterie :

 LE PLANNING

Explication (avec des images parce que j’aime bien les images qui bougent, ça fait chatoyer mes neurones) :

Il était convenu à la base que mon petit client devait valider mes visuels hier soir, parce qu’après je dois faire tout un montage en très très grand parce qu’on imprime ça sur des très très grandes surfaces pour un très très grosse exposition. Or, contrairement à ce que croient souvent les gens avec qui je travaille, en terme de timing, je ne mets pas mes doigts dans mon nez pour faire apparaître toutes les modifications. Figurez-vous que ça demande du travail et donc du temps (scandaleux).

Apparemment, il suffit de tirer un levier et d’appuyer sur un bouton pour que les 283 modifications soient réalisées en un temps records de « dans une petite demi-heure sur mon bureau c’est possible? »

Donc. Validation hier soir et on donne tout à l’imprimeur aussitôt. Evidemment, hier soir, on fait encore des modifications donc on validera le matin. Le matin pas de nouvelles. A midi pas de nouvelles. Là l’imprimeur commence à me téléphoner en poussant des jurons parce qu’on lui avait promis les fichiers le matin. En fait ça fait deux soirs qu’on lui promet le matin alors il commence à avoir des soupçons sur notre parole, un vrai crève-coeur.
A 14h toujours pas de nouvelles, sauf un petit mail sur un connerie qui n’a aucun rapport et aucune urgence. Je commence à envisager de me pendre avec le cordon du téléphone (qui est toujours tirebouchonné et ça m’exaspère prodigieusement) et l’imprimeur commence à proférer des insanités sur moi, mes collègues, mon agence et mon client.
A 16h toujours pas de nouvelles, j’appelle mon boss pour lui annoncer que j’ai décidé de me faire hara-kiri avec la fourchette en plastique de ma pasta box du midi. L’imprimeur aussi envisage de me suicider avec le même instrument.

D’après moi, si on fixe très fort la boite mail ou le téléphone, l’interlocuteur tant désiré le sent et se camoufle en feignant la mort.

A 17h30, mon boss rappelle. Donc en fait on avait pas de nouvelles parce que mon petit client était occupé, je cite, « à faire le tour de tous les services parce qu’il faut que tout le monde puisse quand même découvrir et commenter les visuels avant que ça parte à l’imprimerie »

… D’abord je suis restée un bon moment comme ça de l’autre côté du téléphone :

Et après quand c’est vraiment monté à mon cerveau, je suis passée plutôt en mode comme ça :

Inutile de vous dire que tout le monde ayant donc découvert les visuels à 16h le jour même où c’était déjà sensé être sous les rotatives depuis l’aube, tout le monde a eu une opinion (c’était normal) et des remarques et des corrections, et donc à 18h j’ai reçu un mail long comme le bras avec ce qu’il fallait changer (à peu près tout).

Je laisse à votre imagination le soin de se représenter dans quelle joviale humeur ce petit épisode m’a plongée. Mais ce soir, j’ai eu un éclair de lucidité et d’UN COUP J’AI COMPRIS. Oui oui, d’où vient le problème fondamental et majeur :

NOUS NE VIVONS PAS DANS LE MEME ESPACE TEMPS.

Chez eux, le temps s’écoule lentement et c’est pour ça qu’ils pensent en toute bonne foi en avoir tout plein devant eux, et qu’ils ne comprennent pas pourquoi je deviens hystérique quand on passe à 3 jours dans les dents niveau réalisation.

Parce qu’en fait chez moi la ligne de temps est très très rapide du coup je suis déjà arrivée très loin loin dans le retard du planning. Mais pas eux, en fait, pas dans leur espace temps.

Quand à la ligne temporelle de l’imprimeur je ne vous en parle pas : à l’heure qu’il est il est déjà mort de vieillesse et c’est son arrière-petit-fils qui a repris l’entreprise familiale.

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