Déni, Colère, Marchandage, Dépression, Acceptation – Les 5 étapes du deuil en Thalys farceur

Mes petits chats maladroits,

L’autre jour j’ai vécu un loooooooooong périple plein de rebondissements, d’aventures, de retournements de situation et de suspens. Un truc de dingue. Si si. Entre Paris et Bruxelles, j’ai fait de véritables montagnes russes émotionnelles en l’espace de quelques heures. Je vous raconte.

Comme j’ai quelques amis chers à mon cœur au pays bienheureux de la bière et la frite, je vais régulièrement les visiter à Bruxelles. Normalement il faut : 30 minutes de chez moi à la Gare du Nord, 1h15 de trajet en Thalys, 15 minutes pour arriver chez eux. On va dire à peu près 2 grosses heures.

Lundi matin, 9h : les copains bienheureux partent bosser, moi je vais à la gare prendre le train pour 11H. En marchant pas trop vite et en prenant un café, plus le temps de passer les contrôles sécurité, ça me fait attendre un peu mais c’est très tolérable.

Là où ça commence à se gâter, c’est quand on a vu qu’il y avait de fortes perturbations sur le Thalys à cause d’un acte de malveillance sur les câbles des lignes grande vitesse, et que les trains de 7h et 8h étaient retardés voire supprimés.

J’arrive à la gare à 9h30 (à pied parce qu’il y avait des problèmes de métro, ça commençait bien). Je décide d’aller m’installer au lounge Thalys, un endroit très bien, tu peux attendre au chaud avec des journaux et du café, au lieu de poireauter dans le hall de la gare. Ça se gâte fortement. Les trains sont supprimés les uns après les autres. Commençant à pressentir les problèmes, je vais consulter la charmante dame de l’accueil du lounge : le train de 11h13, le mien donc, est maintenu à priori. Bon.

Le déni

Je monte sur le quai, bien en avance à cause des contrôles de sécurité renforcés. Le gag, c’est que tous les trains de la matinée ont été supprimés, donc les voyageurs restés en rade ont le droit de monter en vrac dans le train qui arrive. Je vous raconte pas l’ambiance. Mais moi j’ai un billet, haha! Voiture 7 place 48.

Stupeur : quand le train arrive avec 20 bonnes minutes de retard, il y a deux rames, chacune ayant des voitures numérotées de 14 à 20. La voiture 7 n’existe pas. Le temps que je cours d’un côté, de l’autre, que je trouve un contrôleur pour lui demander où est cette satanée voiture, et qu’il m’explique que « désolé madame la gestion des places assises n’a pas pu être faite », tous les wagons ont été pris d’assaut par une horde de voyageurs enragés. On me ferme la porte sous le nez « pour des questions de sécurité » après avoir obligé des gens vociférants à ressortir du train beaucoup trop plein.

Au final le train part. Sans moi. Je reste stupéfaite sur le quai, mon ticket à la main, à me demander si cette scène surréaliste a bien eu lieu. Mais…mais… mais qu’est-ce qui s’est passé là ?

La colère

Le contrôleur me promet que le train de 12h13, qui n’est donc plus que dans 40 minutes, va passer et m’emmener à Paris. Je redescends au lounge, essayant de me raisonner de façon philosophique. J’entame mon déjeuner, au moins ça m’occupe, j’ai envie d’enfoncer le chou kale dans les oreilles du contrôleur qui repasse avec un air contrit.

J’entends les gens qui arrivent interroger la dame de l’accueil, qui répète en boucle qu’elle ne peut rien nous assurer tant que le central n’a pas confirmé les trains. Le train serait à Rotterdam. Il y a de fortes intempéries qui l’empêchent de rouler à pleine vitesse. Du coup il va finalement peut-être être là, mais peut-être un peu en retard. Un peu beaucoup. Mais c’est pas sûr.

Je commence à franchement trouver le temps long. Accessoirement s’il y a bien une chose dont je n’avais pas envie en ce moment suite aux attentats à Paris, c’était rester des heures dans une gare avec des policiers et des militaires partout. Du coup je commence une petite crise d’angoisse histoire de rire (oui bah on s’occupe comme on peut).

La dame de l’accueil continue ses annonces. Haha vous allez rire… euh en fait, le train de 12h13 est supprimé, surprise! Cocasse non? Le prochain sera à 13h15, allez allez, c’est presque pareil! Promis il sera là! Si si si si… Siiiiiii… siiiii avec un peu de retard parce que bon voilà quoi c’est compliqué. Mais pas plus de 50 minutes. Trois fois rien en somme. Ou peut-être euuuh plutôt 2h. En fait on sait pas, mais pas à l’heure en tous cas.

Après 382 annonces contradictoires, je suis en train d’inspirer/expirer compulsivement dans un sac en papier pour libérer mes putains de bordel de chakras, et j’ai les sinus rabotés par toute la moutarde qui m’est montée au nez de façon explosive. Je serai même prête à assaisonner des rognons à la moutarde avec l’anatomie des gestionnaires du Thalys et mes narines.

Le marchandage

Après être retournée interroger 12 fois la dame de l’accueil, je crois qu’elle n’en peut plus de me voir. A force de harcèlement, elle finit par m’expliquer qu’il y aura 2 rames, dont une qu’on attend en provenance d’Amsterdam. Je prends mes grands yeux innocents et mon air le plus cordial pour lui demander si, par hasard, l’autre rame ne serait pas déjà à Bruxelles ? Déjà en gare peut-être ? Avec réticence, elle finit par prendre son talkie-walkie, interroge un collègue qui confirme ce que je soupçonnais : il y a bien une rame déjà à quai sur la voie 6. Et que oui, bon, si les gens demandent, ils peuvent venir s’installer.

Je roule un patin à la dame de l’accueil, très surprise par ce goût de moutarde, et je pars en courant. Joie et bonheur, il y a bien une rame à quai, je saute dedans .

La dépression

A 13h15 je suis donc installée dans le train, qui est affiché avec « juste » 50 minutes de retard. Une dame du personnel de bord passe et explique qu’en fait on attend de savoir si on pourra prendre les voix rapides ou pas. A un moment on annonce un départ dans environ 10 minutes, avec seulement 1h30 de trajet : c’est quasiment la fête!!! Mon espoir renaissait de réussi à rentrer un jour chez moi. Naïve créature que je suis…

Le monsieur d’à côté commence à éternuer comme un taré toutes les 2 minutes en moyenne, genre trompette de Jéricho, avec une régularité particulièrement crispante. Une mamie tape des sms pour prévenir ses proches du retard en grommelant, et comme elle n’a pas mis le téléphone en silencieux ça fait « tut », « tut », « tut » à chaque fois qu’elle appuie sur une touche. Derrière, le personnel du wagon bar se met à hurler parce que la cuisine n’est pas du tout prête, et que c’est pas des conditions pour bosser, genre gros craquage nerveux. On annonce finalement plutôt 1h30 de retard. Les prises de courant ne fonctionnent pas à cause d’un problème d’alimentation, mon kindle et mon téléphone sont en train de rendre l’âme. La dame cadre dynamique cinquantenaire en face de moi vocifère à chaque annonce en essayant de prendre tout le wagon à témoin, décroche son téléphone toutes les 5 minutes et vitupère contre le Thalys auprès de chaque interlocuteur. En fait, ce sera plutôt 2h de retard.

Je suis roulée en boule dans un coin, l’œil hagard et le menton tremblant. Tous ces retards mis bout à bout de 15 en 20 minutes ont eu raison de moi. Je veux rentrer à ma maison, je veux ma maman et des coquillettes au jambon, et aussi mon ours en peluche, j’en peux plus. J’imagine l’enfer comme une loooooooooongue journée d’attente d’un train qui ne partira jamais. Avec des retards qui se mettent bout à bout, pour l’éternité.

A un moment le train part, je me redresse dans mon siège, l’espoir renaît en moi… il fait 50 mètres, s’arrête, et reste immobile. Je m’effondre en sanglotant dans mon fauteuil, ils n’ont pas le droit de faire ça, non, pas le droit, c’est de la torture morale, bande de salauds!

Seul signe de combativité encore présent en moi : j’espère dans une prochaine vie, après avoir péri de contrariété dans ce train, rétablir la torture et la peine de mort à l’encontre de saccageurs de câbles de lignes grande vitesse. Et ils iront à l’échafaud en Thalys. Avec un délai annoncé toutes les 15 minutes pour jouer avec leurs nerfs.

L’acceptation

J’ai arrêté de surveiller l’heure. De toute façon ma batterie de téléphone est morte, celle du kindle aussi, et je n’ai pas de montre. Le train avance la plupart du temps comme un vieux brontosaure asthmatique et unijambiste atteint de gangrène aux mollets. J’ai recompté 17 fois le nombre de rayures sur le revêtement du siège. Je suis totalement résignée à mon sort, je vais mourir d’ennui et de désespoir dans ce train. Je n’ai même plus le courage de sauter à la gorge du contrôleur qui passe vérifier les billets, au péril de sa vie en l’occurrence vu les regards furibards qui suivent tout membre du personnel Thalys.

J’ai dépassé ce stade, je n’ai même plus de haine pour lui. Adieu, monde cruel, je suis à jamais séparée de tes vicissitudes. J’ai atteint la sagesse. Toute émotion est morte en moi.

Conclusion :

Au final, il se passera trois loooongues heures avant que nous arrivions à Paris. Je crois que jamais un voyageur n’a été aussi ému et soulagé d’être à la gare du Nord. J’en pleurerai presque de soulagement et j’ai envie de m’agenouiller pour embrasser le sol de France que je n’espérais plus jamais voir.

Quand j’ouvre enfin la porte de mon chez moi, il est presque 19h, sachant que je suis donc partie de chez les zouaves à 9h, décalquant un nouveau record de grand n’importe quoi du trajet. Même au Vietnam je n’ai jamais réussi à multiplier le temps de voyage annoncé par 5 (c’est arrivé par 3 et c’était déjà un peu long).

J’en arrive donc à cette habile conclusion, au moment de ramper vers mon lit pour y agoniser en paix : afin de ne plus revivre cette journée infernale, plus JAMAIS je sors de ma maison. JA-MAIS.

 

 

 

 

2 Comments on Déni, Colère, Marchandage, Dépression, Acceptation – Les 5 étapes du deuil en Thalys farceur

  1. Iris in London
    20 décembre 2015 at 15 h 45 min (2 années ago)

    Combien de rayures sur le siège ?

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    • Appolonie
      4 janvier 2016 at 17 h 39 min (2 années ago)

      348. J’ai compté. Plusieurs fois. 😀

      Répondre

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