Archive of ‘Mon petit client’ category

Le miracle de l’année

Cher public, aujourd’hui au travail il est arrivé un truc juste incroyable.

Je vous explique. Vous savez que je travaille dans une agence de communication. Ca implique donc des clients, qui ont des opinions et des avis. C’est leur droit, bien entendu. Des fois c’est bien. Des fois, ils me demandent des choses tellement aberrantes et qui vont juste être tellement moches que j’ai un peu envie de me jeter par la fenêtre (mais vu qu’il y a du gravier à 80cm en dessous du montant de ladite fenêtre, je m’abstiens parce que tout ce que je vais y gagner c’est me râper les genoux).

Bref. J’étais dans cette situation. Déjà, des trois options proposées, le client avait choisi celle que j’aimais moins mais que j’ai faite quand même parce que je savais que ça lui plairait (quel sens du sacrifice). Après il voulait rajouter ceci, cela, et aussi un peu à droite et en dessous pour voir, avec du bleu parce que c’est la couleur préférée de ma secrétaire. De « pas transcendant mais potable » on était passé à « de honte d’avoir obéi et pondu ça, je vais me tailler les veines avec le stylet de la tablette graphique ».

Ce matin, le client a regardé le résultat. Là il a constaté l’évidence absolue : « Ha mais c’est vraiment pas terrible en fait, là… Ca fonctionne pas cette idée… « .
Donc moi, j’étais en mode ricanant comme ça :

QUAND SOUDAIN il a dit : 

« Vous aviez raison, ça marche pas. On enlève mes modifications, ce sera mieux ». 

D’abord je suis restée la bouche ouverte et l’air un peu idiot. Après c’est monté au cerveau. Et là d’un coup j’ai bondi de ma chaise en poussant un hurlement de triomphe pur, après j’ai sauté partout et rebondi contre les murs, et après je suis tombée dans les pommes tellement c’était trop d’émotions. 


Dieu existe et la preuve c’est qu’il vient de faire un miracle pour moi : mon client a admis qu’il s’était trompé, et il est revenu sur son erreur. Croyez-moi, ça n’arrivera pas deux fois dans ma vie de créative. 

Le travail de graphiste, une journée ordinaire tarif maison des fous

Francisco de Goya, « Le sabbat des sorcières », 1820, Madrid, Musée du Prado

Des fois j’aime bien mon métier. Et puis des fois, certains clients se lâchent avec une extraordinaire coordination, te harcèlent toute la journée (ça peut durer aussi plus longtemps sur un gros projet), et souvent ils s’arrangent pour aller de façon croisée et exponentielle dans l’emmerdement, tous en même temps, comme s’ils s’ingéniaient à te faire péter un boulon.

Ma théorie, c’est qu’ils font un concours collectif pour voir à quel moment je vais convulser sur la moquette du bureau, en bavant de rage et en hurlant des insanités qui feraient rougir jusqu’au blanc des yeux un régiment de légionnaires.

Comme je suis bien élevée et commercialement optimisée, je suis toujours charmante au 2837ème appel de la journée et je leur promets que pas du tout, ça ne m’embête pas, je vais faire cette 2837ème petite modification et je leur envoie ça aussi vite que possible.

Comme je suis un être humain normal, dès que j’ai raccroché je beugle que ce sont des connards laqués et qu’ils aillent tous se faire empapaouter par des cactus frottés au pili pili. (pardon Maman)(mais ils l’ont bien cherché).

Un jour, ma collègue s’est plantée devant mon bureau pour me dire subitement :

Jacob Heinrich Füssli (1741-1825). Lady Macbethsomnambule. Huile sur toile, 1781-1784.

 

 

Après quoi, sans attendre de réponse à cette question hautement mystique (oui à ce stade, je trouve ça mystique), elle a fait demi-tour et est retournée à ses occupations.

Ca m’a fait réfléchir pendant des mois : quel était le sens de cette question ? Pourquoi me l’avoir posée? Fait-elle souvent des feux avec des bananes, chez elle, le dimanche ?

Après avoir abondement ricané, mes amis et moi avons conclu que les bananes, elle les fumait et que ça expliquait bien des choses.

….

Bon, n’empêche, des fois je me demande si j’attire les collègues et les clients complétement jetés, ou si c’est juste que je les remarque plus bruyamment que tout le monde. Je sais que vous avez sûrement des collègues complétement jetés (à vos anecdotes, lecteurs prolifiques!), c’est juste que j’ai souvent l’impression d’avoir récolté le dessus du panier. Ou le dessous, question de point de vue.

Mon petit client – Acte 1 : le Power point qui fait mal

Cher lectorat,

Figure-toi qu’à peine avais-je annoncé avec tambour et trompettes l’ouverture de ce summum de cocasserie que représentera la rubrique « Mon petit client » que lesdits clients, toujours serviables, se sont empressés de fournir de l’eau à mon moulin. Ils ont fait très fort pour nos débuts, je pense que je devrais avoir une pensée émue pour l’ingénu qui a fourni le sujet du jour. (quoi que sur le coup j’avais plutôt envie de lui dire ma façon de penser sur son travail, sa mère et toutes ses aïeules de façon assez discourtoise).

Allez allez on passe au vif du sujet, je sens que vous trépignez d’impatience, chenapans.

Donc, ça fait des semaines que je bosse sur une publicité pour la grande distribution, un truc assez chiadé où on m’a fait changé mille fois la couleur, la teinte là, la typo ici, etc etc etc. Normal jusque là. On est presque bon, on a presque tout fini. Je reçois alors un mail tout à fait charmant disant en gros ceci :

 Naïvement je me réjouissais d’avoir juste de dernières petites remarques (mon incurable optimisme professionnel me perdra). Quelle ne fut pas ma surprise, ouvrant le document power point en pièce jointe à ce mail délicieux, de tomber sur ça :
Je vous jure que je n’invente même pas. Ni le rouge majuscule bien agressif partout, ni les smileys qui font la gueule parce qu’il y a une faute de frappe dans un nom propre que le client a fourni, ni le qualificatif de bof sur le visuel qu’il a choisi lui-même.
Allez savoir pourquoi, la fumée m’est sortie par les oreilles à cet instant précis, pour la plus grande joie de mes collègues fascinés par ce phénomène peu commun.
Merci mon petit client.

Mon petit client, ouverture.

Chers lecteurs,

vous l’ignorez peut-être pour certain mais dans la vraie vie je travaille dans le monde merveilleux de la communication visuelle. D’après mes amis, ça veut surtout dire que je suis payée à coller des gommettes et dessiner avec mes mains. Je ne commenterai pas cette affirmation un peu rapide (après tout, j’ai des amis qui sont payés à faire des power point avec des tas de chiffres qui ne veulent probablement rien dire, d’autres qui se disent ingénieurs mais j’ai toujours pas compris en quoi (je soupçonne une vaste fumisterie).

Non, en fait, l’intéressant dans cette histoire, c’est que j’ai des clients.
Hors, figurez-vous que le drame, c’est que mes clients ont des opinions. Voire des idées lumineuses.
En tous cas, il savent mieux que tout le monde ce qui serait bien. Ca se termine généralement par des autruches vertes en tutu violet qui font des claquettes en bas du document, pendant que je pleure à chaudes larmes dans mon coin.

Donc parfois, je vais geindre sur Facebook auprès de mes amis sur mon sort de créative frustrée par la mauvais goût et la mauvaise foi de certains. Après mes amis se tordent de rire (bande d’enfoirés). Après un copain a suggéré que je devrais partager ça avec le monde entier, pour son édification et son hilarité perpétuelle.

Tout ça pour dire qu’à partir de maintenant, il y aura ici une rubrique « Mon petit client », sans image mais juste du blabla pour provoquer les rires et quolibets de la foule tout en me déchargeant de mon exaspération hilarante. Voilà.

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