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Les palpitantes aventures du dentifrice breton – Les grands distraits anonymes 3

Chers petits capybaras en sucre impalpable,

Voici que dès l’accroche vous êtes tout perplexes, pour votre culture vous aurez appris que le capybara est un charmant mammifère d’Amérique du Sud, et le sucre impalpable c’est le nom belge du sucre glace. J’adore cette expression. Mais, me direz-vous, quel rapport avec le dentifrice et la Bretagne ?

Mais aucun ma bonne Georgette, s’il y avait la moindre suite cohérente dans mes propos, ça se saurait!

Bref, revenons à nos moutons bretons.

La semaine dernière, mon patron m’a appelée et proposé de venir passer une semaine en Bretagne, où l’agence a également ses locaux. Ni une ni deux, me voici prête à abandonner le RER farceur et autres joyeusetés parisiennes pour les embruns marins.

Il faut savoir que quand je pars en déplacement, ça se transforme souvent en odyssée. J’ai un mauvais grigri, une malédiction vaudou, ou alors je devais être gréviste chronique du transport public dans une vie antérieure, et le karma se venge à présent de toute la haine et l’anxiété que j’ai provoqué autrefois. En plus ça se répand autour de moi, et j’ai des amis qui profèrent encore des insanités à mon sujet depuis qu’on est partis en vacances ensemble (partis et surtout pas revenus à la date prévue parce que je m’étais gouré de jour en réservant les billets… ahem…. )

Du coup, je suis devenue complètement paranoïaque et depuis quelques années, je suis tellement psychotique que j’arrive 2h avant le départ du train après avoir vérifié 37 fois les horaires, les lieux, la gare (oui oui, je me suis trompée de gare un jour). Je vérifie aussi 27 fois ma valise, si j’ai bien tout pris, si j’ai un pyjama (bon ça encore on peut remplacer par un tee-shirt), mon billet de train, des culottes, parce que ça peut vite devenir gênant en cas de pénurie totale, mon billet de train, mes chargeurs, mon billet de…

Donc je pars en Bretagne, pis c’est pour du boulot hein, soyons un peu sérieux. J’arrive, j’ai pas raté mon train, je suis montée dans la bonne rame (les fourbes, deux rames qui se séparent à mi-chemin, c’était un coup à ce que je me retrouve à Pétaouchnok-les-Bains), pas de mômes hurleurs dans le wagon, on m’attend à la gare, et on me dépose le soir à mon hôtel. Royal.

Là je vide ma valise, et en mettant des affaires dans la salle de bain, je constate une chose à laquelle je n’avais pas pensée, morue au train de vie capitaliste luxueux que je suis : c’est un petit hôtel familial qui n’offre pas toutes les options d’un palace, il n’y a pas de dentifrice et je n’ai pas emporté le mien. Contrariété d’avoir oublié un objet malgré moultes vérifications ? Que nenni, chers lecteurs! Le petit bourg est équipé d’une supérette, il est 19h45, elle ferme à 20h, Dieu est grand, je peux aller acheter du dentifrice. Je ressors l’âme en paix, me disant que décidément j’ai fait de gros progrès par rapport à avant, et que je suis une vraie grande personne doté d’un cerveau parfois efficace. Haaaa que c’est beau l’âge adulte !

19h58. Je pose le dentifrice breton sur la bretonne tablette de la salle de bain de l’hôtel, fière de moi et de ma parfaite organisation, jusqu’à l’instant où je contemple ma trousse de toilette et… J’AI SU. Sans même l’ouvrir. Je l’ai regardée droit dans les yeux et je jure l’avoir entendue glousser de rire, avec le tube de dentifrice tout neuf qui pouffait bêtement à côté. Une évidence foudroyante…

J’ai laissé ma brosse à dents à Paris.