Archive of ‘Leçon de bonnes manières’ category

Fucking lundi matin

Désolée je vais me faire laver la bouche au savon par ma mère mais franchement…

La semaine dernière a été assez fatigante, là c’est lundi mais j’ai réussi à sortir du lit à peu près dans les temps. J’ai un peu traîné mais pas trop, il faisait pas chaud mais beau, je suis partie de chez moi avec les yeux un peu collés. Montée dans le métro, descendue, remontée dehors sur le quai du tram, attendu un peu, montée dans le tram. Pas de place assise tout de suite mais deux stations plus loin un siège se libère, contente parce que le trajet est un peu long. Je regardais dehors le soleil, c’est dommage de s’enfermer pour bosser mais bon c’est la vie ma bonne dame, d’ailleurs le boulot, faudra qu’en arrivant ce matin j’envoie un mail à…

SOUDAIN. CA MONTE AU CERVEAU. LE DRAME.

J’ai laissé chez moi le sac à dos du travail qui contient mon ordinateur, mes dossiers, et tout ce qu’il me faut pour bosser, et il m’a fallu 25 minutes de trajet pour m’en rendre compte. Oui oui, le sac qui était posé juste devant ma porte d’entrée pour être sûre de ne pas l’oublier en partant au travail. Gros mots, descente précipitée du tram, demi-tour direction maison.

… Fucking lundi matin.

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Madame Bruyante

Je suis toute fascinée par une personne avec qui je travaille, et qui, j’ai fini par m’en rendre compte, incarne à elle toute seule le concept « bruyant ».

Je vous explique. Elle est plutôt petite, menue, pas bien grosse comme on dirait. Le genre de personne dont on pourrait presque dire qu’elle fait petite souris. Mais en fait pas trop. Pas du tout. Elle a en effet un talent incroyable : quoi qu’elle fasse, ça fait du bruit. Toujours. Beaucoup. Bref, au lieu de petite souris, elle m’évoque plutôt un gros éléphant dont elle n’a pourtant pas l’ampleur du tout.

Par exemple, elle a un clavier d’ordinateur tout plat, là, les claviers Mac, que quand tu tapes dessus, ça fait un léger cliquetis. Pas elle. Elle frappe les touches comme si chacun de ses doigts devaient achever d’écraser le crâne de son pire ennemi pour le réduire en bouilli. Du coup, au lieu de faire un petit « clic clic clic » ça fait plutôt  « CLAC CLAC CLAC BONK! » (bonk, c’est quand elle frappe la barre espace de son pouce vigoureux).

Quand elle va chercher un dossier dans son placard, au lieu de produire un léger glissement de la porte qui coulisse puis quelques bruits de papiers qu’on froisse, on entend plutôt « VLAM VLAM » (portes coulissantes enfoncées au bélier), « SHLAKABOUM BONK SCHLAKABOUM » (les dossiers qui valdinguent d’une étagère à l’autre), « VLAM VLAM » (portes bis).

Quand elle marche dans le couloir, quelles que soient les chaussures qu’elle porte, je l’entends arriver dès qu’elle sort de l’ascenseur à l’autre bout du couloir. « BOM BOM BOM BOM BOM BOM » (vous auriez pu croire qu’elle portait des rangers de combat cloutées, que nenni, ce sont des petits escarpins qu’elle a aux pieds).

Elle utilise beaucoup Skype avec sa directrice. Elle hurle à moitié, parce qu’en plus comme la connexion n’est pas bonne une fois sur deux, elle passe des heures à hurler : « ET LA VOUS M’ENTENDEZ, MARTINE ? NAN ? BON JE RAPPELLE TOUT DE SUITE POUR VOIR SI CA MARCHE MIEUX. ALLO ? AH ET MAINTENANT ? TOUJOURS PAS TRÈS BIEN? »

Je l’ai observée au fil des semaines, c’est proprement hypnotisant. En fait, elle ne sait rien faire dans la discrétion. J’en suis venue à me demander si elle n’était pas légèrement sourde, ce qui expliquerait pourquoi elle ne se rend pas compte du bruit qu’elle fait. Que nenni. Quand je lui dis des trucs pas forts du tout depuis l’autre bout du bureau, elle entend parfaitement bien.

Vous vous rappelez les livres « Monsieur et Madame » qu’on avait, gamins ? Monsieur Costaud, Madame Gourmande, Monsieur Peureux, Madame Pipelette… Ben voilà, moi, j’ai en vrai, dans mon bureau, « Madame Bruyante ».

Pour le moment, ça me fascine. Jusqu’au jour où je complèterai probablement la collection par « Madame Ma Main Dans Ta Figure ».

La réunion de l’enfer, ou comment j’ai failli planter mon bic dans une narine (pas la mienne).

J’ai fait 2h de réunion et là, je vous jure, en sortant, j’ai eu des envies de cogner des gens. Mais vraiment.

Il y a un projet où, comme j’ai de vagues connaissances en la matière, on m’a demandé de venir mettre mon nez, pour jeter un œil et donner mon avis, parce que ça fait 6 mois que ça n’avance pas. Normalement c’est pas ma structure, pas mon département, et certainement pas mon boulot, mais comme je suis sympa, j’ai dit oui à titre consultatif.

On vient de faire 2h de réunion pour rien, en fait. Mais vraiment. Je m’en étrangle de rage pour ne rien vous cacher. Il y un quidam qui devrait gérer ça, mais en fait non, ça ne doit pas l’intéresser, ou il a sûrement des choses beaucoup plus palpitantes à faire. Donc il vient, il laisse le directeur s’occuper de tout pendant qu’il pianote sur son ordinateur. En fait il a passé 2h à empêcher la réunion d’avancer en faisant des remarques, qui, à part monopoliser l’attention sur lui et faire croire qu’il participe, n’ont aucun intérêt. Mais vraiment aucun. Du style « Y a une faute de frappe à la ligne 12, là, non il faut le signaler, parce que vous comprenez, on commence comme ça, et après le reste du laxisme blablablabla » ou bien « Moi je trouve l’image un peu grosse, il faut penser aux gens qui consultent ça sur une tablette ou un smartphone, sinon, après, ils voient moins bien, et du coup blablablablabla ».

J’avais envie de lever la main, d’obtenir l’attention publique, et de dire posément : « Est-ce que quelqu’un se rend compte qu’il monopolise 8 personnes pour un projet dont il aurait dû se charger, parce que c’est SON TAF, et que non content de ne pas le faire, il fait perdre du temps et empêche de bosser des gens qui ont peut-être, eux, du travail qu’ils essaient de faire correctement? Enfin, je sais pas, hein, mais est-ce que quelqu’un est bien CONSCIENT DE CE QUI SE PASSE ICI OU C’EST JUSTE MOI? »

J’ai failli lui enfoncer mon bic dans le cerveau, via la narine, juste pour qu’il se taise. Vraiment. Mon regard s’est porté sur mon bic… Sa narine… J’ai commencé à faire des calculs de trajectoire pointe-du-bic-narine-de-la-cible…

Ce qui m’a fascinée, c’est le moment où il a interrompu le directeur du département (qui ne devrait même pas être là, parce qu’il devrait pouvoir déléguer ce projet sans s’en occuper), pour dire un truc du style « Ha oui, au fait, Machine, il me faudrait ça, il faudra que tu le fasses. – Mais euh, pour cette future version du projet sur laquelle on bosse ? Je comprends pas.
– Ben non, sur l’actuelle, mais bon je te le dis pendant que j’y pense. »

Fa-sci-nant. A aucun moment, on ne lui a dit : « Oyez, oyez, règle de base, de bon sens et de courtoisie à la fois :  tu n’interromps pas la discussion de 8 personnes juste pour dire le premier truc qui te passe par la tête à ta voisine. Tu le notes sur ton carnet, et tu lui en parles après la réunion. Donc, tu la fermes. Merci. »

Et là où il est vraiment hyper fort, c’est quand on est arrivé à la fin, et où après avoir donc passé 2H à raconter des énormités plus grosses que lui, il a conclu brillamment par :

« Donc on va faire venir un prestataire externe qui va se charger de faire le boulot pendant 3 jours. »

Moi, intérieurement : bravoooooo c’est exactement ce que je leur avais déjà dit de faire il y a 6 mois...

« J’aimerais mieux qu’il vienne travailler sur place, qu’on vérifie s’il est compétent. »

Moi, toujours intérieurement : et je me demande bien comment tu vas vérifier ça vu que tu es toi-même totalement incompétent en la matière…

« De la sorte, il pourra en profiter pour former Machine et Appolonie, comme ça elles s’en chargeront à l’avenir. »

Moi : Ouais ouais c’est ça cause toujours tu… Hein… Quoi… Attends… Mais qu’est-ce que …  Attends mais qu’est-ce qu’il vient de dire de qui va être formé à quoi là !?!?

Là… là… J’ai failli me lever et l’acclamer. Je regrette, à un point que vous n’imaginez pas, de ne pas m’être mise debout pour applaudir, avec force et éclat, cet instant magique : il ne fait pas son boulot, il se débrouille pour tout refourguer à d’autres, il empêche les malheureux désignés d’office d’avancer à force de noyer le poisson. Et, stade ultime, il se débrouille pour essayer de me fourguer une partie du travail alors que je ne fais même pas partie de sa structure et que je n’ai rien à y faire.

Ce jour, j’ai reçu une grande leçon professionnelle. Je pensais pourtant en avoir vu des vertes et des pas mûres en bossant en agence de com. J’ai dû réviser avec humilité mon opinion, car, non, je n’ai pas tout vu, et je dois me faire à l’idée que le monde du travail parviendra toujours à m’étonner.

Tant de suffisance et d’incompétence mêlées à une outrecuidance pareille… Moi je dis, chapeau, l’artiste.

C’est bientôt Noooowwweeeeeeel !!!

Cher lectorat tout palpité à paillette,

Les fêtes de fin d’année approchent, dans la joie et la bonne humeur, et là je commence à courir partout en agitant les bras et en braillant: « Fiiiiiiichtreeeeuh sa mère, faut vraiment que je m’occupe des cadeauuuuux!!! ».

Il y a quelques années de ça, j’ai couru les galeries Lafayette et le printemps boulevard Hausmann à Paris le 21 au soir pour trouver LE sac à main idéal pour ma mère. J’ai cru que j’allais claquer en cours de route, au milieu d’une horde d’acheteurs hagards, l’œil fou et la bave aux lèvres, prêts à abdiquer toute volonté pour acheter un somptueux coquetier en argent avec des petits rennes trop kikinous à la modique somme de 199euros, à condition qu’on les laisse s’échapper de l’enfer et sortir du magasin. Moi-même j’ai failli craquer et acquérir un lot de torchons caritatifs brodés à la main par des dentellières aveugles sourdes muettes et unijambistes du fin fond du Finistère profond, au prix de 200 euros dont 1% reversé à l’association une fois déduit les frais de fonctionnement.

Oui, on voit fleurir des cadeaux étranges et altruistes pour titiller la fibre du consommateur désespéré, et c’est le bon plan :

  1.  J’ai pas d’idée mais dieu merci un enfoiré du marketing en a inventé une pour moi (on a pas dit une bonne, on a dit une idée)(me la faites pas, c’est mon métier aussi de vendre des conneries à des gens qui n’en ont pas besoin).
  2. J’ai fait une bonne action en achetant ce truc, ça va sauver les gnous du Péloponnèse
  3.  Même si c’est moche le destinataire n’osera pas se plaindre parce que c’est un cadeau caritatif. Franchement, qui oserait ne pas aimer les gnous du Péloponnèse hein?

(accessoirement vous serez ravis d’apprendre que ma mère n’a pas hérité de torchon, de coquetier, ni même d’un gnou, mais bel et bien d’un sac à main non altruiste et purement mercantile).

Récemment une amie m’a balancé la photo d’un set porte-serviette-serviette-savon-à-la-violette en demandant avec des petits ricanements si elle pouvait m’offrir ça pour Noël. Tout de suite ça m’a vendu du rêve :

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Petite joueuse. Haha. Or donc j’ai contre-attaqué avec LE CADEAU ULTIME. Vu de nombreuses fois dans les catalogues improbables dotés de moultes choses inutiles et invraisemblables, le genre de catalogue qu’on recevait chez ma grand-mère et qui provoquait chez moi des heures de délices en tous genres avec abondance de cris extasiés et de hurlements de rire. Je n’ai jamais osé commander ce truc (sinon ils te poursuivent probablement jusqu’en enfer parce qu’ils ont enfin trouvé un vrai client). Pourtant ça m’a tentée, juste pour voir si ça existe en vrai et si ce n’est pas une faille dans la matrice. Je vous le donne en mille :

LA SAINTE VIERGE BAROMÈTRE

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Notez qu’elle change astucieusement de couleur suivant la météo à venir :

statuette-barometre-sainte-viergeVous pouvez donc aller en paix maintenant que vous avez découvert l’existence de cette merveille de bon goût et de délicatesse. Grâce à moi, finies vos interrogations existentielles de l’année pour trouver de l’inspiration à offrir, vous pourrez mettre au pied du sapin un cadeau totalement original et dont vous êtes sûr, mais VRAIMENT SUR, que personne d’autre n’aura eu la même idée.

Allez allez, essuyez cette petite larme émue.

Non, non, ne me remerciez pas : c’est la magie de Nowel.

 

Pour la rentrée, échange d’amabilités

Chers amis, après des vacances bien méritées et particulièrement improductives, nous voici tous de retour sur le chemin du travail. Je diras bien « dans la joie et la bonne humeur », mais ce serait peut-être présomptueux. Pour essayer d’égayer un peu cette période difficile, voici donc que je vous poste une nouvelle leçon de bonnes manières.
Ne me remerciez pas, j’ai reçu une très bonne éducation (le premier parmi mes connaissances qui crie « on dirait pourtant pas! », je proteste la bouche pleine avant de me moucher dans la nappe devant tant de haine).

« Loge im Sofiensaal, » de Josef Engelhart, 1903.

Qui ne tente rien n’a rien (ou une claque)

Camille Cabaillot Lassale (1839-1888), L’heure du thé

Oui à l’adolescence, tout ça, on est franchement con con. Je ne sais pas si c’est les hormones, ou bien la boîte cranienne qui pousse sans que les neurones tiennent la cadence de croissance, mais on est pas aidé comme qui dirait. J’imagine tout à fait les neurones en train de bosser comme des dingues, avec un chef neurone à gros cigare qui passe au milieu en braillant avec hystérie « Les gars, on est pas dans les prévisions, on frôle le crash boursier là! Du nerf ». Oui. Ça expliquerait les fluctuations intellectuelles de l’adolescence, qui seraient comme les courbes de la bourse (là, ma pote docteur en biologie est en train de rire aux éclats ou de chercher une corde pour se pendre, nos 15 ans de fréquentation et son côté Sheldon Cooper n’ayant rien donné sur mon cas désespéré).

Tout ça pour dire que c’est de bonne guerre, on se dit tous que ça se tente, et que si tous les copains disent à leurs parents « MAIS TOUT LE MONDE Y VAAAAA SAUF MOIIIII », ça pourrait marcher.
Sauf que.
Comme disait ma mère dans un grand rire machiavélique « HAHAHA bien tenté, mais t’oublie toujours que j’ai eu ton âge avant toi! ». Généralement ça voulait plutôt dire que c’était mort. Voire qu’on était passé pour un abruti. Bon en même temps, on l’était. (Un jour je vous parlerai des techniques d’éducation sournoise avec lesquelles elle nous roulait dans la farine mes frères et moi. Si j’ai des gosses, je leur ferai pareil!)

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