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Déni, Colère, Marchandage, Dépression, Acceptation – Les 5 étapes du deuil en Thalys farceur

Mes petits chats maladroits,

L’autre jour j’ai vécu un loooooooooong périple plein de rebondissements, d’aventures, de retournements de situation et de suspens. Un truc de dingue. Si si. Entre Paris et Bruxelles, j’ai fait de véritables montagnes russes émotionnelles en l’espace de quelques heures. Je vous raconte.

Comme j’ai quelques amis chers à mon cœur au pays bienheureux de la bière et la frite, je vais régulièrement les visiter à Bruxelles. Normalement il faut : 30 minutes de chez moi à la Gare du Nord, 1h15 de trajet en Thalys, 15 minutes pour arriver chez eux. On va dire à peu près 2 grosses heures.

Lundi matin, 9h : les copains bienheureux partent bosser, moi je vais à la gare prendre le train pour 11H. En marchant pas trop vite et en prenant un café, plus le temps de passer les contrôles sécurité, ça me fait attendre un peu mais c’est très tolérable.

Là où ça commence à se gâter, c’est quand on a vu qu’il y avait de fortes perturbations sur le Thalys à cause d’un acte de malveillance sur les câbles des lignes grande vitesse, et que les trains de 7h et 8h étaient retardés voire supprimés.

J’arrive à la gare à 9h30 (à pied parce qu’il y avait des problèmes de métro, ça commençait bien). Je décide d’aller m’installer au lounge Thalys, un endroit très bien, tu peux attendre au chaud avec des journaux et du café, au lieu de poireauter dans le hall de la gare. Ça se gâte fortement. Les trains sont supprimés les uns après les autres. Commençant à pressentir les problèmes, je vais consulter la charmante dame de l’accueil du lounge : le train de 11h13, le mien donc, est maintenu à priori. Bon.

Le déni

Je monte sur le quai, bien en avance à cause des contrôles de sécurité renforcés. Le gag, c’est que tous les trains de la matinée ont été supprimés, donc les voyageurs restés en rade ont le droit de monter en vrac dans le train qui arrive. Je vous raconte pas l’ambiance. Mais moi j’ai un billet, haha! Voiture 7 place 48.

Stupeur : quand le train arrive avec 20 bonnes minutes de retard, il y a deux rames, chacune ayant des voitures numérotées de 14 à 20. La voiture 7 n’existe pas. Le temps que je cours d’un côté, de l’autre, que je trouve un contrôleur pour lui demander où est cette satanée voiture, et qu’il m’explique que « désolé madame la gestion des places assises n’a pas pu être faite », tous les wagons ont été pris d’assaut par une horde de voyageurs enragés. On me ferme la porte sous le nez « pour des questions de sécurité » après avoir obligé des gens vociférants à ressortir du train beaucoup trop plein.

Au final le train part. Sans moi. Je reste stupéfaite sur le quai, mon ticket à la main, à me demander si cette scène surréaliste a bien eu lieu. Mais…mais… mais qu’est-ce qui s’est passé là ?

La colère

Le contrôleur me promet que le train de 12h13, qui n’est donc plus que dans 40 minutes, va passer et m’emmener à Paris. Je redescends au lounge, essayant de me raisonner de façon philosophique. J’entame mon déjeuner, au moins ça m’occupe, j’ai envie d’enfoncer le chou kale dans les oreilles du contrôleur qui repasse avec un air contrit.

J’entends les gens qui arrivent interroger la dame de l’accueil, qui répète en boucle qu’elle ne peut rien nous assurer tant que le central n’a pas confirmé les trains. Le train serait à Rotterdam. Il y a de fortes intempéries qui l’empêchent de rouler à pleine vitesse. Du coup il va finalement peut-être être là, mais peut-être un peu en retard. Un peu beaucoup. Mais c’est pas sûr.

Je commence à franchement trouver le temps long. Accessoirement s’il y a bien une chose dont je n’avais pas envie en ce moment suite aux attentats à Paris, c’était rester des heures dans une gare avec des policiers et des militaires partout. Du coup je commence une petite crise d’angoisse histoire de rire (oui bah on s’occupe comme on peut).

La dame de l’accueil continue ses annonces. Haha vous allez rire… euh en fait, le train de 12h13 est supprimé, surprise! Cocasse non? Le prochain sera à 13h15, allez allez, c’est presque pareil! Promis il sera là! Si si si si… Siiiiiii… siiiii avec un peu de retard parce que bon voilà quoi c’est compliqué. Mais pas plus de 50 minutes. Trois fois rien en somme. Ou peut-être euuuh plutôt 2h. En fait on sait pas, mais pas à l’heure en tous cas.

Après 382 annonces contradictoires, je suis en train d’inspirer/expirer compulsivement dans un sac en papier pour libérer mes putains de bordel de chakras, et j’ai les sinus rabotés par toute la moutarde qui m’est montée au nez de façon explosive. Je serai même prête à assaisonner des rognons à la moutarde avec l’anatomie des gestionnaires du Thalys et mes narines.

Le marchandage

Après être retournée interroger 12 fois la dame de l’accueil, je crois qu’elle n’en peut plus de me voir. A force de harcèlement, elle finit par m’expliquer qu’il y aura 2 rames, dont une qu’on attend en provenance d’Amsterdam. Je prends mes grands yeux innocents et mon air le plus cordial pour lui demander si, par hasard, l’autre rame ne serait pas déjà à Bruxelles ? Déjà en gare peut-être ? Avec réticence, elle finit par prendre son talkie-walkie, interroge un collègue qui confirme ce que je soupçonnais : il y a bien une rame déjà à quai sur la voie 6. Et que oui, bon, si les gens demandent, ils peuvent venir s’installer.

Je roule un patin à la dame de l’accueil, très surprise par ce goût de moutarde, et je pars en courant. Joie et bonheur, il y a bien une rame à quai, je saute dedans .

La dépression

A 13h15 je suis donc installée dans le train, qui est affiché avec « juste » 50 minutes de retard. Une dame du personnel de bord passe et explique qu’en fait on attend de savoir si on pourra prendre les voix rapides ou pas. A un moment on annonce un départ dans environ 10 minutes, avec seulement 1h30 de trajet : c’est quasiment la fête!!! Mon espoir renaissait de réussi à rentrer un jour chez moi. Naïve créature que je suis…

Le monsieur d’à côté commence à éternuer comme un taré toutes les 2 minutes en moyenne, genre trompette de Jéricho, avec une régularité particulièrement crispante. Une mamie tape des sms pour prévenir ses proches du retard en grommelant, et comme elle n’a pas mis le téléphone en silencieux ça fait « tut », « tut », « tut » à chaque fois qu’elle appuie sur une touche. Derrière, le personnel du wagon bar se met à hurler parce que la cuisine n’est pas du tout prête, et que c’est pas des conditions pour bosser, genre gros craquage nerveux. On annonce finalement plutôt 1h30 de retard. Les prises de courant ne fonctionnent pas à cause d’un problème d’alimentation, mon kindle et mon téléphone sont en train de rendre l’âme. La dame cadre dynamique cinquantenaire en face de moi vocifère à chaque annonce en essayant de prendre tout le wagon à témoin, décroche son téléphone toutes les 5 minutes et vitupère contre le Thalys auprès de chaque interlocuteur. En fait, ce sera plutôt 2h de retard.

Je suis roulée en boule dans un coin, l’œil hagard et le menton tremblant. Tous ces retards mis bout à bout de 15 en 20 minutes ont eu raison de moi. Je veux rentrer à ma maison, je veux ma maman et des coquillettes au jambon, et aussi mon ours en peluche, j’en peux plus. J’imagine l’enfer comme une loooooooooongue journée d’attente d’un train qui ne partira jamais. Avec des retards qui se mettent bout à bout, pour l’éternité.

A un moment le train part, je me redresse dans mon siège, l’espoir renaît en moi… il fait 50 mètres, s’arrête, et reste immobile. Je m’effondre en sanglotant dans mon fauteuil, ils n’ont pas le droit de faire ça, non, pas le droit, c’est de la torture morale, bande de salauds!

Seul signe de combativité encore présent en moi : j’espère dans une prochaine vie, après avoir péri de contrariété dans ce train, rétablir la torture et la peine de mort à l’encontre de saccageurs de câbles de lignes grande vitesse. Et ils iront à l’échafaud en Thalys. Avec un délai annoncé toutes les 15 minutes pour jouer avec leurs nerfs.

L’acceptation

J’ai arrêté de surveiller l’heure. De toute façon ma batterie de téléphone est morte, celle du kindle aussi, et je n’ai pas de montre. Le train avance la plupart du temps comme un vieux brontosaure asthmatique et unijambiste atteint de gangrène aux mollets. J’ai recompté 17 fois le nombre de rayures sur le revêtement du siège. Je suis totalement résignée à mon sort, je vais mourir d’ennui et de désespoir dans ce train. Je n’ai même plus le courage de sauter à la gorge du contrôleur qui passe vérifier les billets, au péril de sa vie en l’occurrence vu les regards furibards qui suivent tout membre du personnel Thalys.

J’ai dépassé ce stade, je n’ai même plus de haine pour lui. Adieu, monde cruel, je suis à jamais séparée de tes vicissitudes. J’ai atteint la sagesse. Toute émotion est morte en moi.

Conclusion :

Au final, il se passera trois loooongues heures avant que nous arrivions à Paris. Je crois que jamais un voyageur n’a été aussi ému et soulagé d’être à la gare du Nord. J’en pleurerai presque de soulagement et j’ai envie de m’agenouiller pour embrasser le sol de France que je n’espérais plus jamais voir.

Quand j’ouvre enfin la porte de mon chez moi, il est presque 19h, sachant que je suis donc partie de chez les zouaves à 9h, décalquant un nouveau record de grand n’importe quoi du trajet. Même au Vietnam je n’ai jamais réussi à multiplier le temps de voyage annoncé par 5 (c’est arrivé par 3 et c’était déjà un peu long).

J’en arrive donc à cette habile conclusion, au moment de ramper vers mon lit pour y agoniser en paix : afin de ne plus revivre cette journée infernale, plus JAMAIS je sors de ma maison. JA-MAIS.

 

 

 

 

Merci mère-grand

Vendredi soir, j’étais de très mauvaise humeur. J’ai passé trois plombes à la poste, avec le genre de queue infernale où il y a 17 personnes devant toi, dont la dame qui veut envoyer des médicaments à sa fille aux US mais du coup il faut vérifier si ça passera la douane, le monsieur qui a 21 bordereaux d’envoi différents à faire enregistrer, etc, etc, et quand toi tu arrives enfin à la caisse 25 minutes plus tard, il n’y a plus personne derrière toi.

J’ai pris le train pour aller chez mes parents qui habitent en banlieue, et évidemment il y avait des difficultés de circulation blablabla, 20 minutes dans les dents. J’arrive à la gare pour prendre le bus, et là, le chauffeur m’a fermé les portes au nez, a avancé son bus d’un mètre, s’est arrêté aussi sec parce qu’une voiture manœuvrait devant, et m’a regardé en secouant la tête ostensiblement quand j’ai toqué à la porte pour me signifier qu’il allait appliquer le règlement à la lettre, il avait quitté l’arrêt et ne m’ouvrirait donc pas, bien qu’il ait fait un mètre. J’ai failli coller des coups de pied de rage dans ses pneus.

J’ai respiré à fond parce qu’il y avait un autre bus six minutes après. En moins de vingt mètres, ledit bus a trouvé le moyen d’arracher le rétroviseur d’un autre bus. Arrêt, dispute des chauffeurs, appel du central, concert de klaxons, gens qui râlent bien fort. Là, j’ai failli descendre du bus et coller un coup de boule aux deux chauffeurs.

La vérité, c’est que j’étais vraiment de très très mauvaise humeur parce qu’on partait le lendemain tôt chez ma grand-mère. Il se trouve qu’elle est atteinte depuis plusieurs années de ce que la médecine appelle pudiquement une « maladie neuro-dégénérative ». Ça veut dire qu’à chaque fois que je vais la voir, au lieu de ma mère-grand qui avait une patate d’enfer et avec qui je me marrais bien, je retrouve une toute petite dame toute recroquevillée dans son fauteuil roulant dont elle ne sort plus, qui ce jour-là ne saura peut-être pas qui je suis, à qui il faudra peut-être donner son dîner à la cuillère parce qu’elle ne peut plus tenir son couvert toute seule. Des fois ça va à peu près. Des fois non. Vraiment pas.

Alors oui, j’y retourne à chaque fois avec la rage au ventre. Mes deux grand-mères sont dans cet état, et je trouve ça dégueulasse. Mais j’y retourne quand même, parce que mes grands-mères, elles m’ont probablement aidée à mettre ma cuillère dans ma bouche quand je ne savais même pas encore comment ça fonctionnait, ni même dire le mot cuillère.

Vendredi soir, à 23h, on a rallumé la télé avec les informations qui tournaient sur les attentats à Paris. La mauvaise humeur, elle a fondu d’un coup. Le petit Cambodge, j’y ai déjà mangé en terrasse. Si je n’avais pas été chez mes parents parce qu’on partait chez mère-grand le lendemain, j’aurais pu dîner dans cette rue.

Samedi matin on a pris la voiture quand même, et le week-end a été très bizarre. On était en province, on n’a pas trop mis les informations à la télé, parce que les films trop agités perturbent ma grand-mère, et qu’on fait tout pour l’épargner au maximum afin qu’elle reste calme et reposée.

Je ne suis rentrée à Paris que dimanche soir. Je me disais que c’était dégueulasse, toujours, d’avoir une grand-mère dans cet état. Et qu’en même temps, il y avait des gens qui avaient vécu bien pire vendredi soir. Et que même si elle ne s’en est pas rendu compte, même si elle ne se rend plus compte de grand chose, ma grand-mère m’a protégée quand même de ce week-end de l’enfer à Paris. Qu’elle m’a épargné de tourner en rond chez moi à regarder en boucle les informations horribles, de guetter le moindre bruit de sirène de police et de flipper dans mon coin.

Parce que oui, ça me fout la trouille de me dire qu’il y a dehors des tarés prêts à tirer sur tout ce qui bouge. Mais ce week-end, j’ai gardé ma toute petite grand-mère, j’ai repensé à tout ce qu’elle a traversé dans sa vie, et je peux vous dire qu’elle en a vécu des vertes et des pas mûres. Je me suis dit qu’elle avait survécu quand même, qu’elle avait dû avoir la trouille souvent, et que pourtant elle était passé par-dessus tout ça, qu’elle avait vécu 80 longues années, fait des enfants, des petits-enfants, et que si elle avait baissé les bras et pleurniché comme j’avais envie de le faire, je ne serais peut-être pas là aujourd’hui pour écrire ce texte un peu long et confus.

Alors voilà. Oui, j’ai la trouille. Non, je vais pas arrêter de vivre. Merci mère-grand.

 

 

 

Le Haïku palpitant – 1

Mes charmants éléphants affriolants,

Le haïku est une forme poétique très codifiée d’origine japonaise. Il s’agit d’un petit poème  extrêmement bref visant à dire l’évanescence des choses. Exemple:

Un vieil étang et
Une grenouille qui plonge,
Le bruit de l’eau.

J’ai décidé, étant donné mon extraordinaire potentiel créatif, de vous livrer parfois ma vision de l’évanescence des choses de ma vie quotidienne. Je suis sûre que vous apprécierez sans le moindre doute les sommets de lyrisme que je peux atteindre. Commençons donc par un épisode inspiré d’une expérience unique en son genre que j’ai vécue hier au soir.

Ôter un piment de l’ongle,
L’œil qui démange.
Sa mère.

Le jour où tout a basculé

Mes petites outardes à moutarde,

Un jour, il s’est passé un truc affreux. Quand on est plus jeune, on a des tas d’idées sur ce qu’on fera ou ne fera pas plus tard. Après la vie te colle quelques tartes, et, comme disait mon professeur de SES au lycée, « prendre une énorme gifle a le mérite de vous faire tourner la tête et de diriger votre regard vers de nouveaux horizons ». Du coup tu changes d’avis. Ou tu commences à faire des choses que tu n’aurais pas faites avant.

Déjà, un jour, j’ai commencé à faire du sport. On en a parlé déjà (enfin c’est surtout moi qui parle évidemment), ça m’a un peu traumatisée vu que j’avais braillé pendant 15 ans que les baskets qui réussiraient à se coller à mes pieds n’étaient pas encore nées. J’ignorais alors qu’une race mutante d’affreuses baskets, aux couleurs douteuses « vert menthe à l’eau et rose saumon avec des liserés blancs », proliférait dans l’ombre avec des petits ricanements machiavéliques pendant que le darwinisme de l’espèce se réjouissait de cette évolution suprême pour que je tombe dans leur piège.

En plus je me suis mise à manger à peu près sainement en même temps, donc là on avait touché le fond. Je vous raconte pas, j’ai dû avouer à tous mes amis que je m’étais mise à faire du sport, parce que forcément ça se voyait un peu que j’avais moins de gras (j’avais honte, mais honte!). Mon ancien colocataire m’a insultée en repensant à toutes les fois où il avait essayé en vain de me motiver à bouger mes fesses, et où j’avais répondu non, des grimaces ou des gros mots (ou les trois). Bref, je pensais que j’avais atteint le summum de la vie saine et sportive en ce qui me concernait, et j’en étais la première surprise.

Mais comme dirait un ami, « quand on a touché le fond, on peut toujours prendre une pelle et creuser ».

J’ai décidé de mettre mon réveil un peu plus tôt ces derniers temps, pour arrêter de devoir sauter dans mes fringues et le dentifrice, et de partir en courant avec la cuillère du thé dans l’oreille pour être à l’heure au boulot. C’est pas mal en fait. Je prends mon petit déjeuner au lit tous les matins (hahaha la décadence!) en bouquinant et en buvant mon thé. J’aime bien.

Et puis c’est devenu carrément malsain. Un matin, je me suis levée, je me suis dit « bon il est tôt, il fait beau, allez hop je vais mettre mes baskets et trotter un peu. » Du coup j’ai mangé une banane, enfilé mes habits de lumière, et j’ai fait un petit footing de 30 minutes avant de revenir finir mon petit-déjeuner, de prendre une douche et de me pomponner pour aller au bureau. Le pire, c’est que j’ai recommencé plusieurs fois. Après je me suis rendue compte que je préférais courir le matin avant d’aller bosser, plutôt que le soir en rentrant, alors j’ai continué sur cette lancée.

Maintenant, je suis une fille sportive qui va courir 2 ou 3 fois par semaine le matin quand il fait encore un peu nuit. Moi qui avais passé 10 ans à ricaner que le burger c’est la vie, 10 ans à répéter que le sport c’est mauvais pour la santé, 10 ans à brailler que l’eau ça fait rouiller… Si ça continue comme ça, je vais finir par devenir une hippie végane et yogiste qui quittera tout pour aller cultiver des graines d’alfalfa (le simple fait que je connaisse le mot alfalfa me consterne totalement)(c’est pas une blague ça existe vraiment) dans une ferme écolo-autonome au fond de la Drôme.

Ce qui me rassure un peu, c’est que le mojito qui me fera reculer n’est pas encore né. Haha.

… Ho merde dans 10 ans je milite dans une ligue anti-alcool… 

 

 

Le je-m’en-foutisme du lundi matin

Mes petits narvals en bois de santal,

Le lundi matin, je suis généralement assez grognon. Surtout quand j’ai passé 35 minutes debout, ballotée par le doux transport du tram bondé qui avait un problème sur la ligne blablabla, avec un abruti qui écoutait avec son casque de la mauvaise musique très fort dans mon oreille gauche, et à mon oreille droite une étudiante gloussante qui raconte au téléphone son palpitant week-end où finalement il ne s’est rien passé avec Charles-Eudes-de-mes-fesses mais elle pense qu’elle a ses chances encore (après 35 minutes de discussion, j’ai failli la gifler en lui disant de laisser tomber direct, elle n’en a clairement aucune).

Après j’ai ouvert ma boite mail, et là, une avalanche de contrariété m’a sauté à la gorge. Notamment, il y a un truc qui m’énerve passablement. Il y a quatre mois, j’ai fait appel à une société informatique pour m’aider sur un problème que j’avais et qui dépassait mes compétences. Depuis, je ne sais pas pourquoi, toute la société en question m’adresse les factures qui n’ont pas été payées depuis des mois et des mois. Les histoires de règlement par mandat administratif, bon de commande et autres subtilités de l’état, je veux bien, ça prend du temps, et c’est long et casse-pied.

Néanmoins, quand je reçois le lundi matin un mail me sommant de payer telle prestation réalisée en janvier 2015, sans quoi ça va barder, ou à défaut de les renseigner sur l’avancement du dossier, ou encore de les envoyer vers le bon contact, la moutarde m’est montée au nez.

Ce à quoi j’ai pu répondre gracieusement :

« Monseigneur,

Loin de moi toute idée de contrarier Votre Magnificence. Nonobstant, je n’œuvrais point encore pour ce brillant creuset de la science au commencement de l’an de grâce 2015, étant donné que j’eus l’insigne honneur d’être recrutée en mai. Bien qu’au désespoir de ne pouvoir accéder à votre requête, je ne saurais trop vous conseiller que de vous adresser à la personne dont le nom, le téléphone et le mail sont inscrits sur ladite facture. En haut. Si si, là, juste à côté du mot « Facture » et « Contact ». Restant votre humble serviteur, je me permets néanmoins de vous recommander d’apprendre donc à lire, ce qui, par la grâce du ciel, vous évitera d’emmerder le monde un lundi matin. Sur ces excellentes paroles, je vous souhaite une exécrable journée, et que des scarabées coprophages viennent dévorer votre cerveau. Cordialement bisous. »

 

 

Ma vie, c’est Big Bang Theory (en vrai) – 2

Mes petites pleurotes rigolotes,

Quand je vous disais que je vivais dans Big Bang Theory, c’était pas une blague. Du tout. Même moi je ne pensais pas que ce serait à ce point-là… (La série est TRÈS EN-DESSOUS de la réalité quotidienne d’une vie au côté de brillants scientifiques).

Je vous ai raconté qu’on est parti en colloque scientifique, et que j’avais moi-même failli développer une nouvelle théorie médicale sur l’élasticité de leur anatomie versus celle d’un tube en carton (à mon avis le tube en carton aurait gagné).

On a pris l’avion et, pour le coup, c’est moi qui ai fait n’importe quoi à l’aéroport (du style laisser tout le matériel flambant neuf audio/photo/vidéo dans le sac qui devait rester avec moi en cabine, mais qui était trop lourd donc la dame de l’embarquement l’a envoyé aimablement en soute sans supplément. Et APRÈS qu’il ait franchi le tapis roulant, j’ai réalisé d’un coup ce que je venais de laisser faire, poussé des cris stridents, tapé le souk au guichet, franchi la douane à l’envers avec un mot spécial de la maîtresse pour récupérer ledit sac, qui avait été sorti in extremis du parcours de l’enfer des tapis roulants, pour apparaître par miracle avec les valises du vol en provenance de Naples. Après quoi j’ai sorti le matériel et remis le sac de nouveau à l’embarquement. Ce qu’il faut pas faire pour s’amuser. Haha).

Donc j’étais un peu fatiguée par moi-même en descendant de l’avion, mais au moins, on n’avait perdu personne en route, aucune valise, ni tube à poster, et surtout aucun participant. Nous montâmes gaillardement dans le bus, et là, qu’ouis-je, qu’entends-je? Une invraisemblable discussion de nos doctorants :

 » Hein ? Vous avez joué à quoi ?

– Ben au pendu, on s’ennuyait dans l’avion, alors du coup on a fait un pendu…

– Ha oui et puis c’était pas simple hein. Vu que lui il est italien, elle canadienne, et le dernier voisin de rangée chinois-en-France-depuis-deux-mois, je te raconte pas le cirque…

– Ben faudrait jouer en anglais.

– Oui mais on connait pas de mots complexes, du coup c’est moins drôle. Ou alors faudrait trouver… Ho je sais! On devrait faire des pendus avec des équations!

– What ?

– Mais graaaaaaaaaave, on ferait ça avec des signes mathématiques, des chiffres, et des lettres grecques!

– Ha ouaiiiiiiiiis et si tu trouves à quoi correspond la formule ou le nom de l’équation t’as des points bonus!

– Putain mais c’est génial, en plus on peut tous jouer du coup!!!! »

Je crois que je suis restée bouche grande ouverte, de façon fort peu gracieuse, pendant plusieurs minutes. Je me suis dit qu’il faudrait que je fasse semblant de ronfler très fort au retour pour ne surtout pas jouer avec eux. Franchement, j’étais un peu effarée, mais je n’étais pas au bout de mes peines.

Le dernier soir, ils se sont rassemblés et ont sorti des bouteilles de vin, après quand ils étaient un peu joyeux ils se sont lancés dans un jeu de mimes. J’étais rassérénée, finalement ces jeunes gens pratiquaient des activités communes à tous les étudiants de leur âge (se pinter la tronche et mimer des trucs idiots). Tant qu’on en est resté à « Marylin Monroe » et « steak haché », c’était crétin et pas toujours facile à imiter, mais ça allait encore. Après…

Après ils ont réussi, l’un à imiter, et les autres à deviner « CMB » alias « cosmic microwave background« . En français, « fond diffus cosmologique« , soit l’image la plus complète et la plus précise du fond diffus micro-onde de l’Univers considéré comme la lumière primordiale émise au début de l’expansion, juste après le Big Bang.

Hahaha. Bien évidemment…

CMB. Fastoche.

 

8 jours, 11 heures, 54 minutes

Des fois, il se passe des choses un peu bizarres dans ma vie sans que je fasse trop exprès. Par exemple je clique sur un truc sur internet et je me retrouve en 4 semaines à déménager au Vietnam. J’ai aussi failli partir avec l’ONU à Haïti avec ce genre de bêtises.

Je me suis mise à faire du sport sans trop faire exprès. Parce que je devais passer des tests sportifs pour un job (que je n’ai pas eu), et du coup je me suis rendu compte après 15 ans de militantisme anti-sportif que tiens, si, c’était pas si mal de trottiner. Six mois plus tard, je courais 10 bornes et j’achetais des baskets de drag queen sous LSD.

Dimanche dernier, je crois que j’ai arrêté de fumer.

Ca faisait un moment que je me disais que je devrais, hein. Que fumer c’est maaaaaal, que ça coûte de souuuuuus, que c’est pas bon pour les poumoooons, que ça tue les licooooooornes, etc etc. Mais en fait j’avais, soyons honnêtes, autant de volonté qu’une huître molle. Autant j’ai pu à une époque m’enfiler 2 paquets par jour dans les périodes de stress (« Wouhouuuuu, et si j’en mets dans les narines et les oreillllllles, ça fait plus de nicotiiiiiiiine?!?!?!?! »). Autant là j’en grillais à peu près 5 en moyenne. Pas de quoi fouetter un chat. Donc bon l’argument financier, ben oui, ça faisait un peu de sous si on comptait sur un mois, mais toujours pas de quoi fouetter un chat (pauvre bête, j’aime autant). Et mes poumons merci, mais avec la pollution à Paris, franchement, on en était pas à un peu de goudron près…

Il y a huit jours, je suis partie à la campagne avec des amis pour le week-end. Un groupe de non-fumeurs majoritaires. Samedi soir, j’ai fumé la dernière cigarette de mon paquet. Après je n’en avais plus. Le dimanche matin, j’ai taxé une cigarette à quelqu’un parce qu’avec le café, quand même, hein, voilà. Je n’en ai pas demandé d’autre, parce que je n’aime pas être la fille qui taxe. Et puis dimanche en fin de journée, on m’a déposée devant chez moi. J’aurais pu ressortir racheter des cigarettes. J’aurais pu. Le tabac de Denfert-Rochereau est ouvert le dimanche après-midi jusqu’à 19h.

J’ai eu la flemme. Voilà, je crois que c’est parti de là: pas envie de ressortir, comme une grosse feignasse. Je ne prétendrai en aucun cas à un effort surhumain d’une volonté de fer dans la lutte contre le tabagisme : j’ai juste une mentalité de lemming.

Après le lundi je me suis dit que si j’avais pu m’en passer dimanche, je n’avais qu’à continuer sur cette lancée. D’après les statistiques, je ne suis même pas vraiment dépendante à la nicotine, c’est juste mon cerveau un peu neuneu qui a pris des habitudes. Il faut juste que j’arrive à convaincre le neuneu que café n’est pas égal à clope, attendre le bus pas égal à clope, boire un verre pas égal à clope…

J’ai ressorti une vieille cigarette électronique que j’avais achetée un jour très lointain. Il n’y a rien que de la flotte et de l’arôme dedans. Quand j’ai envie d’une cigarette, je tire quelques bouffées, le neuneu fait « Haaaaaa de la fuméééééeeeeee shmouik shmouiiik », après il est tout content et ça passe.  J’ai chargé une application à motiver le neuneu sur mon téléphone, elle me félicite régulièrement, et comme j’ai une mentalité de gamine de 5 ans je n’ai pas envie de faire retomber mes bons points. Oui, je vous l’accorde, c’est débile, mais le neuneu l’est tout autant.

Je ne sais pas combien de temps ça va durer. Si j’aurais la motivation réelle pour arrêter. Ou pas. Si ça se trouve cette nuit, je vais me faire arrêter par les flics parce que je secouerai la grille du tabac à 3h du matin en hurlant des insanités pour avoir mon paquet de Marlborough (le tabac et l’hôtel de police du 14ème sont à moins de 100m de chez moi, je vis dangereusement). Je suis un peu fière de moi. En même temps pas trop, parce que j’ai juste eu la flemme.

A l’heure où je vous écris, ça fait 8 jours, 11 heures et 54 minutes que je feinte le neuneu, et je crois bien que j’ai arrêté de fumer sans faire exprès.

 

L’impardonnable faute de goût sportive

A un moment, je ne sais pas si ce sont les effets délétères de la trentaine, je me suis mise à faire du sport, ce qui était quand même une drôle d’idée.

Mon adolescence a été une longue suite mortifiante de grands moments de ridicules, entrecoupés de réguliers passages de béquilles, plâtres et autres straps en tous genre. Ma mère avait coutume de dire qu’entre mes frères et moi, la voiture familiale aurait pu se rendre aux urgences en pilote automatique, et que l’hosto aurait quand même pu nous faire un prix de gros ou à défaut une carte d’abonnement familial (le jour où elle y est allée pour elle-même suite à un accident domestique, le chef du service a demandé quel enfant elle amenait aujourd’hui, et confronté à l’inhabituel, il a tellement ricané qu’il a failli en devenir incontinent instantanément).

Passé cette faste période d’enrichissement des industries pharmaceutiques et d’agrandissement du trou de la sécu, je me suis refusée à la moindre activité physique pendant des années. Tout ça était beaucoup trop sain pour moi, j’emmerdais notre système nombriliste à abdos découpés, les béquilles, et mon gras et moi nous portions très bien merci. Mes poumons de fumeuse aussi, non madame, je n’ai pas l’intention d’arrêter, et encore moins de me mettre à faire du sport. Et puis quoi encore. Ca va hein, 10 ans de plâtres et autres joyeusetés m’ont suffi, pas de ça chez moi. Tsssss.

Donc je ne m’explique pas trop comment j’en suis arrivée à me dire : bon, allez mémére, bouge un peu tes fesses et mets des baskets. Déjà il a fallu que je m’achète des baskets, parce que c’était un truc qui avait déserté mes placards depuis longtemps. Bonjour la perplexité en arrivant dans le magasin de sport, face à ces rayons emplis de choses fluos et hyper techniques. Sans cuir et sans talon. L’horreur. Imaginez Jacquouille la Fripouille débarquant chez Décathlon  : « Rhaaa messiiiire, un entrepôt du diaaaable, c’est tout caoutchouté et y a point de chausses talonnéééées! »

De saisissement, j’ai acquis la première paire de baskets blanches qui passait et je me suis sauvée en courant avant qu’un vendeur diabolique ne me mette la main dessus. Quelques mois plus tard, ma motivation n’ayant pas flanché (je crois que c’est ce qui m’étonne le plus), j’ai constaté qu’acquérir de vraies chaussures de bonne qualité serait plus sympa pour mon dos et mes articulations. J’ai repéré le modèle que je voulais, et je l’ai dégoté sur un site de déstockage à prix défiant toute concurrence.

Quand le colis est arrivé,  j’ai ouvert la boite et j’ai compris pourquoi elles étaient soldées à ce point là. Je veux dire… On m’a déjà expliqué que les trucs de sport étaient flashy pour qu’on soit visible de loin… Enfin quand même… Tout ce rose saumon avec ce vert menthe à l’eau, ces rayures blanches, ce fluo… je me demande : est-ce qu’à votre avis, ils recrutent chez les stylistes sportifs uniquement des gens daltoniens, borgnes et presbytes qui prennent de la drogue?

Non parce que soyons honnêtes : j‘ai vraiment l’impression d’avoir aux pieds des péniches qui auraient fauté sous acide avec un cacatoès drag queen.

 

Les palpitantes aventures du dentifrice breton – Les grands distraits anonymes 3

Chers petits capybaras en sucre impalpable,

Voici que dès l’accroche vous êtes tout perplexes, pour votre culture vous aurez appris que le capybara est un charmant mammifère d’Amérique du Sud, et le sucre impalpable c’est le nom belge du sucre glace. J’adore cette expression. Mais, me direz-vous, quel rapport avec le dentifrice et la Bretagne ?

Mais aucun ma bonne Georgette, s’il y avait la moindre suite cohérente dans mes propos, ça se saurait!

Bref, revenons à nos moutons bretons.

La semaine dernière, mon patron m’a appelée et proposé de venir passer une semaine en Bretagne, où l’agence a également ses locaux. Ni une ni deux, me voici prête à abandonner le RER farceur et autres joyeusetés parisiennes pour les embruns marins.

Il faut savoir que quand je pars en déplacement, ça se transforme souvent en odyssée. J’ai un mauvais grigri, une malédiction vaudou, ou alors je devais être gréviste chronique du transport public dans une vie antérieure, et le karma se venge à présent de toute la haine et l’anxiété que j’ai provoqué autrefois. En plus ça se répand autour de moi, et j’ai des amis qui profèrent encore des insanités à mon sujet depuis qu’on est partis en vacances ensemble (partis et surtout pas revenus à la date prévue parce que je m’étais gouré de jour en réservant les billets… ahem…. )

Du coup, je suis devenue complètement paranoïaque et depuis quelques années, je suis tellement psychotique que j’arrive 2h avant le départ du train après avoir vérifié 37 fois les horaires, les lieux, la gare (oui oui, je me suis trompée de gare un jour). Je vérifie aussi 27 fois ma valise, si j’ai bien tout pris, si j’ai un pyjama (bon ça encore on peut remplacer par un tee-shirt), mon billet de train, des culottes, parce que ça peut vite devenir gênant en cas de pénurie totale, mon billet de train, mes chargeurs, mon billet de…

Donc je pars en Bretagne, pis c’est pour du boulot hein, soyons un peu sérieux. J’arrive, j’ai pas raté mon train, je suis montée dans la bonne rame (les fourbes, deux rames qui se séparent à mi-chemin, c’était un coup à ce que je me retrouve à Pétaouchnok-les-Bains), pas de mômes hurleurs dans le wagon, on m’attend à la gare, et on me dépose le soir à mon hôtel. Royal.

Là je vide ma valise, et en mettant des affaires dans la salle de bain, je constate une chose à laquelle je n’avais pas pensée, morue au train de vie capitaliste luxueux que je suis : c’est un petit hôtel familial qui n’offre pas toutes les options d’un palace, il n’y a pas de dentifrice et je n’ai pas emporté le mien. Contrariété d’avoir oublié un objet malgré moultes vérifications ? Que nenni, chers lecteurs! Le petit bourg est équipé d’une supérette, il est 19h45, elle ferme à 20h, Dieu est grand, je peux aller acheter du dentifrice. Je ressors l’âme en paix, me disant que décidément j’ai fait de gros progrès par rapport à avant, et que je suis une vraie grande personne doté d’un cerveau parfois efficace. Haaaa que c’est beau l’âge adulte !

19h58. Je pose le dentifrice breton sur la bretonne tablette de la salle de bain de l’hôtel, fière de moi et de ma parfaite organisation, jusqu’à l’instant où je contemple ma trousse de toilette et… J’AI SU. Sans même l’ouvrir. Je l’ai regardée droit dans les yeux et je jure l’avoir entendue glousser de rire, avec le tube de dentifrice tout neuf qui pouffait bêtement à côté. Une évidence foudroyante…

J’ai laissé ma brosse à dents à Paris.

 

 

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