Archive of ‘C’est pas beau de se moquer’ category

Les joies de l’Europe

Chers petits colibris ravis,

ça fait longtemps qu’on ne s’est pas parlés. Enfin que moi je parle et que vous lisez en ricanant. Ça va chez vous ? Fait beau? Le printemps arrive ?

J’ai un truc à vous raconter tout foufou, en fait ça m’a tellement énervée qu’il faut que j’exècre ma bile avant de m’étrangler de rage avec.

Depuis quelques temps, je travaille pour l’Europe en plus de la science. Enfin pour la science en Europe. Je vais pas tout vous expliquer l’organigramme (d’abord j’ai rien compris et en plus je veux pouvoir continuer à médire en tout anonymat sur ce blog). Il y a de très bon côté : je rencontre des gens intéressants, je voyage pas mal, j’apprends plein de choses, du coup j’ai même été lire des livres sur mon temps libre et je développe mes pensées pour des tas de choses.

Après… Comment vous dire… Il y a ce côté de bureaucratie tentaculaire où on te demande de pondre des rapports affolants, très fournis, avec un nombre de corrections délirants et où on t’explique que c’est VI-TAL pour l’Europe, la science, et même l’avenir de l’humanité. Alors que soyons honnête, je sais très bien que ça va être lu par 2 chercheurs, qui pondront un rapport qui atterrira dans un placard de la commission européenne où personne n’y jettera un œil. Jamais. Et après on fait des réunions et des discussions et des joint secretariat meeting et de governing boards et des sous-commissions de discussions où j’ai envie de me pendre.

 

Enfin là on a atteint le summum : j’ai dû faire des entretiens avec des tas de gens pour faire un état des lieux de comment ça se passe dans la science en ce moment, etc. Ça a pris un temps fou. J’ai tout renvoyé dans les temps. Genre contente de moi.

Un mois et demi après, je reçois un mail de la fille qui gère ça : « Oui vous avez fait du bon travail, on est très content. On a juste quelques remarques, je vous ai mis des commentaires sur le document pour indiquer où on a besoin de précision. Merci de nous renvoyer ça sous 8 jours. »  Tu ouvres le document, et là, c’est barbouillé en rouge du début à la fin, il y a des commentaires à chaque ligne ou presque « Je ne comprends pas. », « Précisez. », « Ajoutez plus de détails. », « Ça manque de clarté. », « Développez ce point ».

Hé bah heureusement que c’est du bon travail, hein, qu’est-ce que ça aurait été sinon. J’avoue, j’étais moyen contente. Mon chef est venu me voir en me disant qu’ils se foutaient de la gueule du monde, qu’on n’avait pas du tout convenu de faire quelque chose d’aussi énorme et détaillé qu’ils demandaient, et qu’on ne change pas les règles du jeu en cours de route. Donc je remplis un peu plus sur certains point importants et le reste basta, surtout en 8 jours, faut pas déconner.

J’ai dit oui, j’ai commencé à relire tous leurs commentaires et là comment vous dire… La moutarde m’est montée au nez au fur et à mesure. Après j’en ai conclu que les correctrices étaient probablement soit 1) d’une simplicité admirable à ce stade sur les choses de la vie 2) complétement demeurées.

Une des questions génériques était : « Faites-vous partie d’un réseau de femmes de votre secteur professionnel ? » Lors d’un entretien avec un homme, j’avais donc noté en face: « Pas concerné ».

Il me semblait que c’était assez évident mais apparemment non. Commentaire : « Que voulez-vous dire par là ? Je ne comprends pas ».

Comment te dire Madame… Il n’est pas concerné probablement parce que ce MONSIEUR EST DOTE D’UN PÉNIS A PRIORI, CE QUI VA RENDRE DIFFICILE SON AFFILIATION A UN RÉSEAU DE FEMMES. FAUT-IL QUE JE VOUS FASSE UN DESSIN SUR LES DIFFÉRENCES MONSIEUR/MADAME ?

Ça fait 2 jours que je suis dessus et presque tous les commentaires sont du même niveau. J’aurais jamais pensé dire ça un jour, mais je commence à comprendre vachement mieux  ceux qui veulent qu’on sorte de l’Europe…

Le prochain qui m’emmerde au joint governing board meeting de mes deux, je prends la porte.

 

Sic transit gloria mundi, ou le destin du Saint Emilion

Mes petits marcassins abyssins,

L’autre jour je suis allée au supermarché faire mes courses (oui je sais j’ai des activités passionnantes). J’ai regardé le rayon vin en passant. Longtemps j’ai acheté les bouteilles parce que j’aimais bien l’étiquette, j’aime autant vous dire qu’après quelques déconvenues j’ai bien compris que c’était une méthode œnologique franchement naze. Il y a des producteurs qui sont très forts pour le design de l’étiquette et exécrables pour fabriquer du vin.

J’ai trouvé une bouteille qui me plaisait bien, avec marqué Saint Emilion et tout dessus. Elle était un peu chère quand même, mais, hein, une fois n’est pas coutume… Je m’imaginais déjà dans 10 ans, savourant le grand cru précieusement conservé, avec un dîner succulent dans un grand moment de joie des papilles. Mes invités triés sur le volet s’extasieraient sur mon bon goût et mes choix délicats dans une parfaite alliance entre le plat et le vin.

Quand je suis passée à la caisse j’avais quand même pris beaucoup de choses et ça rentrait  difficilement dans mon sac de course. J’ai tout  bourré dedans, ça va, j’habite à moins de 50 mètres, on va pas chipoter pour 48kg de course dans un tout petit sac en tissu qui cisaille les doigts. C’est un défi aux lois de la gravité et de l’espace voilà tout!

Hélas, le défi fut bref. L’univers m’a dit clairement : « Va chier, c’est pas parce que tu te la pètes en bossant avec des astrophysiciens que tu vas nous les briser avec la déformation de l’espace-temps ». Je me suis arrêtée au feu rouge. Les voitures passaient. Il y a eu un tout petit « crac » suivi d’un gros « BLENG!!!! » et après le Saint Emilion est allé se répandre partout sur le trottoir, mes chaussures, et dans le caniveau à ma plus grande consternation.

Hé ben franchement… Outre la douleur de mon porte-monnaie, je crois que j’ai rien vu de plus triste de toute ma semaine. Comme quoi on peut être un très grand cru héritier de siècles de savoir humain viticole et terminer son destin dans un caniveau en moins de 25 mètres à la sortie du Franprix. Ça vous rend philosophe. Si ça c’est pas moche ma bonne Lucette…

 

Comment la non-organisation de l’université nous a fait découvrir des univers parallèles (à moi le Nobel).

Mes petites compotes en culotte,

Au travail, il y avait une grande fête où on accueille des tas d’élèves de collège et lycée pour leur faire découvrir le joyeux monde de la science et de la recherche à l’université, et leur donner envie de faire des études ici après. Haha. Les malheureux s’ils savaient ce qui les attend…

Entendons-nous bien. Faire de la science, c’est génial. Moi je découvre un monde qui m’était totalement inconnu (« Bonjouuur j’ai fait des arts appliqués! »), et je suis fascinée.

Le problèèèèème…. C’est ce qui va autour. Toute personne ayant fréquenté une fac dans sa vie a eu l’impression de rentrer dans la maison des fous des 12 travaux d’Astérix. C’est  un peu pénible au quotidien (je vous ai déjà parlé de mon adresse mail par exemple ou de la réunion de l’enfer), voire, soyons honnêtes, ça peut rendre vraiment cinglé. Notamment je crois qu’il y a une espèce de malédiction dans les services centraux qui sont sensés s’occuper de la logistique et tout, juste, je sais pas, ils sont au-dessus d’un cimetière indien, ou bien ils ont offensé gravement le dieu de la productivité pour les 428 prochaines générations.

A priori, ça avait pourtant bien commencé, 6 mois avant on nous avait demandé ce qu’on voulait mettre dans notre stand, de quoi on avait besoin comme matériel, etc. Je me suis dit, whaaaaaa, dingue, on anticipe ici maintenant ? Je leur ai fait une belle liste super détaillée, je pensais que du coup ça allait bien se passer.

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GROSSIÈRE ERREUR.

Déjà 3 jours avant j’ai reçu un mail avec « oui alors en fait pour tel truc il faut le faire sur mesure et en urgence, vous avez 2000€ à débloquer là tout de suite? »

Non, non très cher, je n’ai pas de sous à vous filer là tout de suite vu que c’était pas du tout prévu, et que vous auriez pu m’en parler pendant les 5 mois et 27 jours qui ont précédés. Ahem.

La veille on a commencé à s’installer et on était tout entassé dans un petit espace, alors qu’à côté ils étaient 2 dans un truc 3 fois grand comme le nôtre. Bref.

Dans notre stand j’ai regardé avec stupeur les écrans blancs déroulants qu’on m’avait donnés, moi je voulais des écrans télé, donc, pourquoi pas, mais où sont les projecteurs ? Que nenni, point de projecteurs, il fallait les demander spécifiquement. Quoi que… maintenant que je le dis… quand j’avais demandé des écrans et les prises pour les brancher, peut-être qu’en effet une certaine logique aurait voulu qu’il s’agisse d’écrans télé et pas d’écrans de projection qui sont dépourvus de prise…

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Je vous passe l’odyssée pour mettre la main sur 2 projecteurs (une espèce en voie de disparition), on finit par tout installer tant bien que mal. Détail sordide, figurez-vous qu’il n’y avait pas de chauffage. Je suis allée brailler une fois de plus (j’aime brailler)(le matos que j’avais demandé et du chauffage, mon ambition est carrément sans limite). On m’a répondu que pas de soucis, le chauffage serait mis en route le lendemain matin, bien avant l’arrivée à 14h des premiers visiteurs.

A 11h y avait pas de chauffage.

A midi toujours pas non plus.

A 13h le monsieur qui était sensé le mettre en route finalement à 13h n’était toujours pas là.

A 13h50, soit 10 minutes avant l’ouverture, dans un sursaut miraculeux le monsieur arrive. Il y avait 2 énormes blocs chauffage de chaque côté de la tente. Il en met un en route, ô joie, du chaud.

Il a mis le deuxième en route et là…

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On a fait sauter le courant sur à peu près 1/4 du campus.

Après enquête il s’est avéré que quelque part, il avait été demandé une armoire avec un certain nombre d’ampères pour supporter tout le bastringue de la tente, mais en fait il en été mis une avec beaucoup moins parce que c’était surfait (270 ou 140 c’est presque pareil que 320, probablement).

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On a passé les 15 premières minutes à faire des claquettes devant nos visiteurs, le temps que le courant revienne. Au final on a fait le reste de la semaine avec un seul chauffage (pas de notre côté bien entendu), et tout s’est presque bien déroulé ensuite.

A noter, ces facéties m’ont permis de répondre à une question extrêmement intéressante, qui m’a été posée par un élève curieux et sagace, après qu’il ait fini les ateliers sur l’univers, la vie, le reste et tout ça.

« Mais dites, du coup Madame, les dimensions parallèles, ça existe ou pas ? »

Oui mon petit. Les dimensions parallèles existent. Je crois même que je vais faire une super publication scientifique et avoir un Nobel parce que je les ai localisées, moi, c’est évident.

Les dimensions parallèles, c’est dans les bureaux des services centraux. Troisième étage, couloir B, porte 27E. Et n’oublie pas le formulaire vert.

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La semaine où le destin te dit de rester dans ton lit avec de la vodka

Lundi, je suis partie au travail sans mon sac à dos de boulot qui était pourtant juste devant la porte d’entrée chez moi.

Mardi, en rentrant le soir j’ai découvert que j’avais mal fermé la porte du congélateur, que j’ai donc dû vider, et j’ai cuisiné jusqu’à 1h du matin à peu près 10kg de nourriture pour pas trop gaspiller.

Mercredi, le métro marchait pas alors j’ai pris le bus, ledit bus a arraché un rétroviseur de voiture, les deux conducteurs en sont venus aux mains et la police qui passait a dû intervenir.

Ca va le karma, ça va. J’ai compris le message.

Jeudi, vendredi, samedi et dimanche, je crois que je vais rester chez moi enroulée dans ma couette et pas trop bouger. Avec de la vodka. Au cas où.

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Fucking lundi matin

Désolée je vais me faire laver la bouche au savon par ma mère mais franchement…

La semaine dernière a été assez fatigante, là c’est lundi mais j’ai réussi à sortir du lit à peu près dans les temps. J’ai un peu traîné mais pas trop, il faisait pas chaud mais beau, je suis partie de chez moi avec les yeux un peu collés. Montée dans le métro, descendue, remontée dehors sur le quai du tram, attendu un peu, montée dans le tram. Pas de place assise tout de suite mais deux stations plus loin un siège se libère, contente parce que le trajet est un peu long. Je regardais dehors le soleil, c’est dommage de s’enfermer pour bosser mais bon c’est la vie ma bonne dame, d’ailleurs le boulot, faudra qu’en arrivant ce matin j’envoie un mail à…

SOUDAIN. CA MONTE AU CERVEAU. LE DRAME.

J’ai laissé chez moi le sac à dos du travail qui contient mon ordinateur, mes dossiers, et tout ce qu’il me faut pour bosser, et il m’a fallu 25 minutes de trajet pour m’en rendre compte. Oui oui, le sac qui était posé juste devant ma porte d’entrée pour être sûre de ne pas l’oublier en partant au travail. Gros mots, descente précipitée du tram, demi-tour direction maison.

… Fucking lundi matin.

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L’université m’a achevée, ou les méandres administratifs du mail

Mes petits brochets emberlificotés,

Vous savez que j’ai commencé à travailler au joli mois de mai dernier pour l’université, la recherche, la science et tout ça. D’un point de vue logistique, ça a été l’enfer. Le problème, c’est que je travaille pour plusieurs structures en même temps, à parts égales entre elles sur le papier. Sur le papier d’accord, mais ça a plongé les gestionnaires administratifs dans des affres et des tourments insondables. Je ne rentre dans aucune de leur case, ou plutôt dans plusieurs, ce qui n’est pas possible avec les logiciels de gestion, donc ils ne savent pas où me mettre. Du coup, la moindre démarche prend un temps absolument délirant. Déjà en temps normal c’est pas rapide rapide, mais alors là hein, on m’a clairement fait comprendre que je cherchais les problèmes aussi, avec mon statut bizarre…

Le premier mois, on a oublié de me payer. Oui c’est pas comme si c’était important de payer les gens, hein. J’ai hérité d’un téléphone vaudou. Il a fallu 6 mois ou presque pour que j’ai un bureau sur un des sites où je bosse. Donc 6 mois aussi pour avoir un téléphone (heureusement j’ai récupéré celui de la personne avant moi, j’ai refusé de le rendre, et ils ont changé son nom par le mien dans l’annuaire). J’ai enfin obtenu une carte de cantine après un délai assez délirant. Le cocasse, c’est qu’après des semaines de demande, à une énième relance j’ai reçu une réponse hyper pète-sec m’informant que la carte était disponible depuis un moment (j’eusse dû le deviner) et que j’avais intérêt à me grouiller de venir la chercher sous 48h, et que ça saute, sans quoi elle serait détruite (j’eusse dû leur raboter le faciès avec l’agrafeuse).

Pour finir, ce matin, je me suis payé un fou rire derrière mon ordinateur, toute seule. Mais vraiment. Comme je travaille donc pour plusieurs structures, je suis sensée avoir une adresse mail pour chacune : si je veux diffuser un message à tout le département machin, je dois avoir une adresse mail du département machin pour des questions de serveur, d’autorisation et de sécurité blablabla. Admettons.

9 mois. Il a fallu 9 mois (sur un contrat d’un an) pour que j’ai enfin accès à cette adresse. Le type du service informatique est passé mardi pour me donner le mot de passe et m’aider à paramétrer la boite mail. Lui, je lui aurai bien roulé une pelle parce qu’en fait il a un peu fini par s’assoir sur les procédures : comme il y a un peu bataille d’ego, des responsabilités et de je-m’en-foutisme aux rangs du dessus, tout le monde se refilait la patate chaude en expliquant qu’il ne pouvait pas, que c’était à bidule de s’en charger, bidule disait que non parce que c’était à truc, mais truc n’a pas les autorisations donc ça devrait être chose, et moi je n’avais toujours pas d’adresse.

Mardi, enfin, le Saint Graal est atteint, j’ai même pu envoyer les vœux à tout le monde grâce à mon adresse flambante neuve. Ça a même marché du premier coup, pas de plantage général des serveurs, pas de message d’erreur énervant, bref, que du bonheur. J’étais sur un petit nuage. La béatitude incarnée en moi. Joie, bonheur. J’ai mon bureau d’un côté, mon bureau de l’autre, des téléphones (dont un vaudou, mais on peut pas tout avoir), et toutes mes adresse mails qui marchent enfin correctement. 9 mois de gestation difficile mais on y est enfin arrivé.

Ce matin, 9h, ô stupeur, dans ma boite mail, un message transféré par mon chef :

Suite à une période d’inactivité de 1 an, les comptes mails des personnes suivantes vont être supprimés dans 30 jours :

appolonie@tagadatsoinsoin-universite.fr

Sans réponse de votre part les dit comptes seront détruits, car n’ayant jamais été utilisé.

Inutile de vous dire que je suis restée peut-être 30 bonnes secondes la bouche grande ouverte devant mon écran, avant de partir dans une crise de rire semi-hystérique au cours de laquelle j’ai failli faire pipi dans ma culotte de façon incontrôlable. (Juste pour rappel, je travaille là depuis 9 mois et l’adresse à notamment servi mardi à joindre tout le département. Voilà voilà.)

… Non mais il faut le dire. Ils sont forts, à l’université. Ils sont très très forts.

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Madame Bruyante

Je suis toute fascinée par une personne avec qui je travaille, et qui, j’ai fini par m’en rendre compte, incarne à elle toute seule le concept « bruyant ».

Je vous explique. Elle est plutôt petite, menue, pas bien grosse comme on dirait. Le genre de personne dont on pourrait presque dire qu’elle fait petite souris. Mais en fait pas trop. Pas du tout. Elle a en effet un talent incroyable : quoi qu’elle fasse, ça fait du bruit. Toujours. Beaucoup. Bref, au lieu de petite souris, elle m’évoque plutôt un gros éléphant dont elle n’a pourtant pas l’ampleur du tout.

Par exemple, elle a un clavier d’ordinateur tout plat, là, les claviers Mac, que quand tu tapes dessus, ça fait un léger cliquetis. Pas elle. Elle frappe les touches comme si chacun de ses doigts devaient achever d’écraser le crâne de son pire ennemi pour le réduire en bouilli. Du coup, au lieu de faire un petit « clic clic clic » ça fait plutôt  « CLAC CLAC CLAC BONK! » (bonk, c’est quand elle frappe la barre espace de son pouce vigoureux).

Quand elle va chercher un dossier dans son placard, au lieu de produire un léger glissement de la porte qui coulisse puis quelques bruits de papiers qu’on froisse, on entend plutôt « VLAM VLAM » (portes coulissantes enfoncées au bélier), « SHLAKABOUM BONK SCHLAKABOUM » (les dossiers qui valdinguent d’une étagère à l’autre), « VLAM VLAM » (portes bis).

Quand elle marche dans le couloir, quelles que soient les chaussures qu’elle porte, je l’entends arriver dès qu’elle sort de l’ascenseur à l’autre bout du couloir. « BOM BOM BOM BOM BOM BOM » (vous auriez pu croire qu’elle portait des rangers de combat cloutées, que nenni, ce sont des petits escarpins qu’elle a aux pieds).

Elle utilise beaucoup Skype avec sa directrice. Elle hurle à moitié, parce qu’en plus comme la connexion n’est pas bonne une fois sur deux, elle passe des heures à hurler : « ET LA VOUS M’ENTENDEZ, MARTINE ? NAN ? BON JE RAPPELLE TOUT DE SUITE POUR VOIR SI CA MARCHE MIEUX. ALLO ? AH ET MAINTENANT ? TOUJOURS PAS TRÈS BIEN? »

Je l’ai observée au fil des semaines, c’est proprement hypnotisant. En fait, elle ne sait rien faire dans la discrétion. J’en suis venue à me demander si elle n’était pas légèrement sourde, ce qui expliquerait pourquoi elle ne se rend pas compte du bruit qu’elle fait. Que nenni. Quand je lui dis des trucs pas forts du tout depuis l’autre bout du bureau, elle entend parfaitement bien.

Vous vous rappelez les livres « Monsieur et Madame » qu’on avait, gamins ? Monsieur Costaud, Madame Gourmande, Monsieur Peureux, Madame Pipelette… Ben voilà, moi, j’ai en vrai, dans mon bureau, « Madame Bruyante ».

Pour le moment, ça me fascine. Jusqu’au jour où je complèterai probablement la collection par « Madame Ma Main Dans Ta Figure ».

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