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Ma vie, c’est Big Bang Theory (en vrai) – 2

Mes petites pleurotes rigolotes,

Quand je vous disais que je vivais dans Big Bang Theory, c’était pas une blague. Du tout. Même moi je ne pensais pas que ce serait à ce point-là… (La série est TRÈS EN-DESSOUS de la réalité quotidienne d’une vie au côté de brillants scientifiques).

Je vous ai raconté qu’on est parti en colloque scientifique, et que j’avais moi-même failli développer une nouvelle théorie médicale sur l’élasticité de leur anatomie versus celle d’un tube en carton (à mon avis le tube en carton aurait gagné).

On a pris l’avion et, pour le coup, c’est moi qui ai fait n’importe quoi à l’aéroport (du style laisser tout le matériel flambant neuf audio/photo/vidéo dans le sac qui devait rester avec moi en cabine, mais qui était trop lourd donc la dame de l’embarquement l’a envoyé aimablement en soute sans supplément. Et APRÈS qu’il ait franchi le tapis roulant, j’ai réalisé d’un coup ce que je venais de laisser faire, poussé des cris stridents, tapé le souk au guichet, franchi la douane à l’envers avec un mot spécial de la maîtresse pour récupérer ledit sac, qui avait été sorti in extremis du parcours de l’enfer des tapis roulants, pour apparaître par miracle avec les valises du vol en provenance de Naples. Après quoi j’ai sorti le matériel et remis le sac de nouveau à l’embarquement. Ce qu’il faut pas faire pour s’amuser. Haha).

Donc j’étais un peu fatiguée par moi-même en descendant de l’avion, mais au moins, on n’avait perdu personne en route, aucune valise, ni tube à poster, et surtout aucun participant. Nous montâmes gaillardement dans le bus, et là, qu’ouis-je, qu’entends-je? Une invraisemblable discussion de nos doctorants :

 » Hein ? Vous avez joué à quoi ?

– Ben au pendu, on s’ennuyait dans l’avion, alors du coup on a fait un pendu…

– Ha oui et puis c’était pas simple hein. Vu que lui il est italien, elle canadienne, et le dernier voisin de rangée chinois-en-France-depuis-deux-mois, je te raconte pas le cirque…

– Ben faudrait jouer en anglais.

– Oui mais on connait pas de mots complexes, du coup c’est moins drôle. Ou alors faudrait trouver… Ho je sais! On devrait faire des pendus avec des équations!

– What ?

– Mais graaaaaaaaaave, on ferait ça avec des signes mathématiques, des chiffres, et des lettres grecques!

– Ha ouaiiiiiiiiis et si tu trouves à quoi correspond la formule ou le nom de l’équation t’as des points bonus!

– Putain mais c’est génial, en plus on peut tous jouer du coup!!!! »

Je crois que je suis restée bouche grande ouverte, de façon fort peu gracieuse, pendant plusieurs minutes. Je me suis dit qu’il faudrait que je fasse semblant de ronfler très fort au retour pour ne surtout pas jouer avec eux. Franchement, j’étais un peu effarée, mais je n’étais pas au bout de mes peines.

Le dernier soir, ils se sont rassemblés et ont sorti des bouteilles de vin, après quand ils étaient un peu joyeux ils se sont lancés dans un jeu de mimes. J’étais rassérénée, finalement ces jeunes gens pratiquaient des activités communes à tous les étudiants de leur âge (se pinter la tronche et mimer des trucs idiots). Tant qu’on en est resté à « Marylin Monroe » et « steak haché », c’était crétin et pas toujours facile à imiter, mais ça allait encore. Après…

Après ils ont réussi, l’un à imiter, et les autres à deviner « CMB » alias « cosmic microwave background« . En français, « fond diffus cosmologique« , soit l’image la plus complète et la plus précise du fond diffus micro-onde de l’Univers considéré comme la lumière primordiale émise au début de l’expansion, juste après le Big Bang.

Hahaha. Bien évidemment…

CMB. Fastoche.

 

« Call me Penny » : Ma vie, c’est Big Bang Theory (en vrai)

Mes petites supernovas à paillettes,

Il y a quelques temps, j’ai commencé à travailler dans le vaste monde de la recherche publique, avec des tas de gens scientifiques qui ont beaucoup de gros diplômes. Inutile de vous dire que je n’y connais rien. Mais alors rien de rien. Ma culture scientifique s’est arrêtée en terminale L, donc ça ne vole vraiment pas haut par rapport aux gens avec qui je bosse. On m’a embauchée justement pour apporter un peu de sang frais et des nouvelles compétences, mais j’ai tout à apprendre sur leur monde.

Ils ont de ces discussions à la machine à café parfois, ils pourraient parler chinois que ce serait à peu près pareil. Voire pire. Non parce que là, ils utilisent des mots en français, mais je comprends une phrase sur deux. Ça me rappelle un collègue canadien avec qui on parlait anglais : je voyais sa bouche s’agiter, j’entendais des sons, je savais que c’était de l’anglais… et je ne comprenais pas un traître mot de ce qu’il disait (il avait un accent épouvantable que même d’autres canadiens ne comprenaient pas toujours).

Ces scientifiques avec qui je bosse sont souvent des gens géniaux. Ils ont des idées incroyables, ils travaillent sur des concepts et des recherches que je n’aurais jamais pu imaginer, et même les jeunes qui sont en train de passer leur thèse vont développer des sujets de recherche que je trouve fascinants. Moi, ça m’épate. Vraiment. Je ne sais pas où ils vont chercher tout ça.

Ça, c’est le côté positif. Après, des fois, ça devient un peu (complétement) comme dans la série Big Bang Theory. Avec moi dans le rôle de la blonde qui ne comprend rien, et les autres qui font les brillants esprits pourvus du sens pratique d’une bernique anémiée (et encore, j’insulte les berniques).

Récemment, on les a emmenés à l’étranger en colloque. On a demandé à nos étudiants de faire des posters sur leur dernier sujet de recherche. Bon, déjà, graphiquement parlant, inutile de vous dire que j’ai beaucoup ri en recevant les posters, mais je ne dirai rien parce que ce n’est pas leur travail et ils n’ont pas été formés pour ça. Moi je les imprimais, ils n’avaient plus qu’à les récupérer en passant à mon bureau. On était un peu chargé en boulot pour les préparatifs mais ça allait, rien de dramatique par rapport à ce que j’ai pu connaître à l’agence.

Là où ça c’est gâté, c’est quand j’ai reçu un mail disant: « Mais euuuh comment on va faire pour les transporter? Vous pouvez les emmener pour nous? »

Réponse : « Désolée, j’ai déjà 35 kilos de bagages pour le colloque, donc je crains de ne pouvoir accéder à votre requête. Vous les prenez avec vous dans un tube à poster, par exemple. »

Second mail : « Ha mais j’en ai pas, comment je vais faire? »

Déjà là j’avais fortement envie de dire : « Je sais pas, et moi comment je vais faire pour emmener vos brochures, carnets et autres? », mais j’ai été gentille, j’ai répondu : « Très chers amis, il y a des laboratoires à tous les étages avec dedans des gens qui partent souvent avec leurs posters, donc vous pouvez peut-être emprunter un tube à des collègues… »

Troisième mail: « J’ai pas trouvé de tube à emprunter, comment je vais faire? »

J’ai été tentée de répliquer : « Mmmm j’ai une idée, tu te sors les doigts du fondement, tu traverses la rue et tu vas acheter un tube chez Gibert qui est sur le trottoir d’en face, par exemple? ». Bien évidemment, j’ai tourné ça un peu plus poliment. Parfois je maudis ma bonne éducation.

« Ha oui j’y avais pas pensé, merci! ». Suivi une heure après par : « Ha mais y a plusieurs modèles, de 65cm, 90cm ou 140cm de long, je prends lequel? »

« NAN MAIS SÉRIEUSEMENT??? PRENDS LE PLUS GRAND POSSIBLE ET IL VA TERMINER DANS UN ENDROIT DE TON ANATOMIE OÙ TU N’AURAIS JAMAIS CRU QUE ÇA PUISSE RENTRER!!!!!!!! »

J’ai inspiré à fond, respiré plusieurs fois leeeentement, puis je leur ai expliqué que, comme convenu, les posters étaient imprimé en A0, avec donc une largeur de 89cm. Après des brillants calculs scientifiques, ils en ont habilement déduit que ça ne rentrerait pas dans le tube de 65cm, que 140 c’était un peu trop encombrant à trimballer, et ils sont allé en acheter un de 90cm. Ils ont réussi à rouler les posters pour les mettre dedans, et n’ont même pas oublié de mettre leur nom dessus pour l’aéroport.

Le futur de la science est sauvé, tout n’est pas (totalement) perdu.

 

 

 

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