Archive of ‘Bienvenue à l’université’ category

Les joies de l’Europe

Chers petits colibris ravis,

ça fait longtemps qu’on ne s’est pas parlés. Enfin que moi je parle et que vous lisez en ricanant. Ça va chez vous ? Fait beau? Le printemps arrive ?

J’ai un truc à vous raconter tout foufou, en fait ça m’a tellement énervée qu’il faut que j’exècre ma bile avant de m’étrangler de rage avec.

Depuis quelques temps, je travaille pour l’Europe en plus de la science. Enfin pour la science en Europe. Je vais pas tout vous expliquer l’organigramme (d’abord j’ai rien compris et en plus je veux pouvoir continuer à médire en tout anonymat sur ce blog). Il y a de très bon côté : je rencontre des gens intéressants, je voyage pas mal, j’apprends plein de choses, du coup j’ai même été lire des livres sur mon temps libre et je développe mes pensées pour des tas de choses.

Après… Comment vous dire… Il y a ce côté de bureaucratie tentaculaire où on te demande de pondre des rapports affolants, très fournis, avec un nombre de corrections délirants et où on t’explique que c’est VI-TAL pour l’Europe, la science, et même l’avenir de l’humanité. Alors que soyons honnête, je sais très bien que ça va être lu par 2 chercheurs, qui pondront un rapport qui atterrira dans un placard de la commission européenne où personne n’y jettera un œil. Jamais. Et après on fait des réunions et des discussions et des joint secretariat meeting et de governing boards et des sous-commissions de discussions où j’ai envie de me pendre.

 

Enfin là on a atteint le summum : j’ai dû faire des entretiens avec des tas de gens pour faire un état des lieux de comment ça se passe dans la science en ce moment, etc. Ça a pris un temps fou. J’ai tout renvoyé dans les temps. Genre contente de moi.

Un mois et demi après, je reçois un mail de la fille qui gère ça : « Oui vous avez fait du bon travail, on est très content. On a juste quelques remarques, je vous ai mis des commentaires sur le document pour indiquer où on a besoin de précision. Merci de nous renvoyer ça sous 8 jours. »  Tu ouvres le document, et là, c’est barbouillé en rouge du début à la fin, il y a des commentaires à chaque ligne ou presque « Je ne comprends pas. », « Précisez. », « Ajoutez plus de détails. », « Ça manque de clarté. », « Développez ce point ».

Hé bah heureusement que c’est du bon travail, hein, qu’est-ce que ça aurait été sinon. J’avoue, j’étais moyen contente. Mon chef est venu me voir en me disant qu’ils se foutaient de la gueule du monde, qu’on n’avait pas du tout convenu de faire quelque chose d’aussi énorme et détaillé qu’ils demandaient, et qu’on ne change pas les règles du jeu en cours de route. Donc je remplis un peu plus sur certains point importants et le reste basta, surtout en 8 jours, faut pas déconner.

J’ai dit oui, j’ai commencé à relire tous leurs commentaires et là comment vous dire… La moutarde m’est montée au nez au fur et à mesure. Après j’en ai conclu que les correctrices étaient probablement soit 1) d’une simplicité admirable à ce stade sur les choses de la vie 2) complétement demeurées.

Une des questions génériques était : « Faites-vous partie d’un réseau de femmes de votre secteur professionnel ? » Lors d’un entretien avec un homme, j’avais donc noté en face: « Pas concerné ».

Il me semblait que c’était assez évident mais apparemment non. Commentaire : « Que voulez-vous dire par là ? Je ne comprends pas ».

Comment te dire Madame… Il n’est pas concerné probablement parce que ce MONSIEUR EST DOTE D’UN PÉNIS A PRIORI, CE QUI VA RENDRE DIFFICILE SON AFFILIATION A UN RÉSEAU DE FEMMES. FAUT-IL QUE JE VOUS FASSE UN DESSIN SUR LES DIFFÉRENCES MONSIEUR/MADAME ?

Ça fait 2 jours que je suis dessus et presque tous les commentaires sont du même niveau. J’aurais jamais pensé dire ça un jour, mais je commence à comprendre vachement mieux  ceux qui veulent qu’on sorte de l’Europe…

Le prochain qui m’emmerde au joint governing board meeting de mes deux, je prends la porte.

 

Je peux mourir heureuse avec mon tee-shirt, ou comment j’ai des joies simples dans ma vie professionnelle

Mes petits bisons fripons,

Je vous écris encore excitée comme une puce parce que des fois dans mon travail, j’ai vraiment des joies simples. Mes collègues me regardent avec stupeur, et après ils trouvent que je suis vraiment très rafraîchissante (sous-titre : « complétement demeurée, y a plus rien à sauver »).

Après la fameuse fête qui m’a permis d’emporter un Nobel ou presque avec la découverte de dimensions parallèles, on a participé à un congrès de chercheurs de haut niveau sur des sujets très pointu.

Genre de la recherche qui vend un peu du rêve, où on envoie des trucs très loin dans l’espace et après on passe 10 ans à attendre que ça atteigne un autre bout du système solaire pour voir si ça marche, et si c’est le cas des dizaines de gens vont étudier les résultats. Avec des chercheurs du monde entier, d’un tas d’agences spatiales et entre autres, des gens de la Nasa. Genre le truc qui vend GRAVE DU RÊVE DE TA MÈRE EN COSMONAUTE SUR SATURNE!!!!

Évidemment, pour ma part, je ne participe pas aux discussions scientifiques, mais je fais l’intendance, parce que fais partie de ce qu’on appelle « les personnels de soutien à la recherche ». Et comme disait mon ancien boss,  « la bonne organisation, c’est celle que personne n’a remarquée parce que tout s’est déroulé comme sur des roulettes ». N’empêche. A la fin de la semaine, ils étaient tous super contents parce que ça s’était très bien passé et que je suis une excellente gentille organisatrice de Club Med de la recherche internationale. Ha bah oui, moi je fais pas de grandes découvertes, mais j’ai pensé au café, aux codes wifi, aux badges vierges pour ceux qui ont oublié de s’inscrire, à l’adaptateur prises US/France, au scotch double-face pour réparer le poster qui s’est déchiré dans l’avion, aux tickets de métro, et même au pansement pour celui qui s’est découpé un bout de doigt sur les punaises en accrochant son poster.

Du coup, les gens de la Nasa, ils sont repartis en m’offrant un tee-shirt de la Nasa parce que je suis trop un soutien pour la grande recherche qui vend du rêve de ta mère en astronef sur Pluton.

J’ai poussé des ricanements hystériques, à tel point qu’une des gentilles chercheuses américaines m’a dit avec un air navré que c’était pas si foufou et qu’on trouvait les mêmes sur internet.

CA N’A RIEN A VOIR. MOI J’AI UN TEE-SHIRT DE LA NASA OFFERT PAR LES GENS DE LA NASA PARCE QUE JE TRAVAILLE AVEC LA NASA.

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Plus jamais de ma vie je l’enlève, je dors avec, et je le quitte plus jusqu’à la fin de mes jours.

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Comment la non-organisation de l’université nous a fait découvrir des univers parallèles (à moi le Nobel).

Mes petites compotes en culotte,

Au travail, il y avait une grande fête où on accueille des tas d’élèves de collège et lycée pour leur faire découvrir le joyeux monde de la science et de la recherche à l’université, et leur donner envie de faire des études ici après. Haha. Les malheureux s’ils savaient ce qui les attend…

Entendons-nous bien. Faire de la science, c’est génial. Moi je découvre un monde qui m’était totalement inconnu (« Bonjouuur j’ai fait des arts appliqués! »), et je suis fascinée.

Le problèèèèème…. C’est ce qui va autour. Toute personne ayant fréquenté une fac dans sa vie a eu l’impression de rentrer dans la maison des fous des 12 travaux d’Astérix. C’est  un peu pénible au quotidien (je vous ai déjà parlé de mon adresse mail par exemple ou de la réunion de l’enfer), voire, soyons honnêtes, ça peut rendre vraiment cinglé. Notamment je crois qu’il y a une espèce de malédiction dans les services centraux qui sont sensés s’occuper de la logistique et tout, juste, je sais pas, ils sont au-dessus d’un cimetière indien, ou bien ils ont offensé gravement le dieu de la productivité pour les 428 prochaines générations.

A priori, ça avait pourtant bien commencé, 6 mois avant on nous avait demandé ce qu’on voulait mettre dans notre stand, de quoi on avait besoin comme matériel, etc. Je me suis dit, whaaaaaa, dingue, on anticipe ici maintenant ? Je leur ai fait une belle liste super détaillée, je pensais que du coup ça allait bien se passer.

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GROSSIÈRE ERREUR.

Déjà 3 jours avant j’ai reçu un mail avec « oui alors en fait pour tel truc il faut le faire sur mesure et en urgence, vous avez 2000€ à débloquer là tout de suite? »

Non, non très cher, je n’ai pas de sous à vous filer là tout de suite vu que c’était pas du tout prévu, et que vous auriez pu m’en parler pendant les 5 mois et 27 jours qui ont précédés. Ahem.

La veille on a commencé à s’installer et on était tout entassé dans un petit espace, alors qu’à côté ils étaient 2 dans un truc 3 fois grand comme le nôtre. Bref.

Dans notre stand j’ai regardé avec stupeur les écrans blancs déroulants qu’on m’avait donnés, moi je voulais des écrans télé, donc, pourquoi pas, mais où sont les projecteurs ? Que nenni, point de projecteurs, il fallait les demander spécifiquement. Quoi que… maintenant que je le dis… quand j’avais demandé des écrans et les prises pour les brancher, peut-être qu’en effet une certaine logique aurait voulu qu’il s’agisse d’écrans télé et pas d’écrans de projection qui sont dépourvus de prise…

bravo

Je vous passe l’odyssée pour mettre la main sur 2 projecteurs (une espèce en voie de disparition), on finit par tout installer tant bien que mal. Détail sordide, figurez-vous qu’il n’y avait pas de chauffage. Je suis allée brailler une fois de plus (j’aime brailler)(le matos que j’avais demandé et du chauffage, mon ambition est carrément sans limite). On m’a répondu que pas de soucis, le chauffage serait mis en route le lendemain matin, bien avant l’arrivée à 14h des premiers visiteurs.

A 11h y avait pas de chauffage.

A midi toujours pas non plus.

A 13h le monsieur qui était sensé le mettre en route finalement à 13h n’était toujours pas là.

A 13h50, soit 10 minutes avant l’ouverture, dans un sursaut miraculeux le monsieur arrive. Il y avait 2 énormes blocs chauffage de chaque côté de la tente. Il en met un en route, ô joie, du chaud.

Il a mis le deuxième en route et là…

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On a fait sauter le courant sur à peu près 1/4 du campus.

Après enquête il s’est avéré que quelque part, il avait été demandé une armoire avec un certain nombre d’ampères pour supporter tout le bastringue de la tente, mais en fait il en été mis une avec beaucoup moins parce que c’était surfait (270 ou 140 c’est presque pareil que 320, probablement).

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On a passé les 15 premières minutes à faire des claquettes devant nos visiteurs, le temps que le courant revienne. Au final on a fait le reste de la semaine avec un seul chauffage (pas de notre côté bien entendu), et tout s’est presque bien déroulé ensuite.

A noter, ces facéties m’ont permis de répondre à une question extrêmement intéressante, qui m’a été posée par un élève curieux et sagace, après qu’il ait fini les ateliers sur l’univers, la vie, le reste et tout ça.

« Mais dites, du coup Madame, les dimensions parallèles, ça existe ou pas ? »

Oui mon petit. Les dimensions parallèles existent. Je crois même que je vais faire une super publication scientifique et avoir un Nobel parce que je les ai localisées, moi, c’est évident.

Les dimensions parallèles, c’est dans les bureaux des services centraux. Troisième étage, couloir B, porte 27E. Et n’oublie pas le formulaire vert.

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Fucking lundi matin

Désolée je vais me faire laver la bouche au savon par ma mère mais franchement…

La semaine dernière a été assez fatigante, là c’est lundi mais j’ai réussi à sortir du lit à peu près dans les temps. J’ai un peu traîné mais pas trop, il faisait pas chaud mais beau, je suis partie de chez moi avec les yeux un peu collés. Montée dans le métro, descendue, remontée dehors sur le quai du tram, attendu un peu, montée dans le tram. Pas de place assise tout de suite mais deux stations plus loin un siège se libère, contente parce que le trajet est un peu long. Je regardais dehors le soleil, c’est dommage de s’enfermer pour bosser mais bon c’est la vie ma bonne dame, d’ailleurs le boulot, faudra qu’en arrivant ce matin j’envoie un mail à…

SOUDAIN. CA MONTE AU CERVEAU. LE DRAME.

J’ai laissé chez moi le sac à dos du travail qui contient mon ordinateur, mes dossiers, et tout ce qu’il me faut pour bosser, et il m’a fallu 25 minutes de trajet pour m’en rendre compte. Oui oui, le sac qui était posé juste devant ma porte d’entrée pour être sûre de ne pas l’oublier en partant au travail. Gros mots, descente précipitée du tram, demi-tour direction maison.

… Fucking lundi matin.

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L’université m’a achevée, ou les méandres administratifs du mail

Mes petits brochets emberlificotés,

Vous savez que j’ai commencé à travailler au joli mois de mai dernier pour l’université, la recherche, la science et tout ça. D’un point de vue logistique, ça a été l’enfer. Le problème, c’est que je travaille pour plusieurs structures en même temps, à parts égales entre elles sur le papier. Sur le papier d’accord, mais ça a plongé les gestionnaires administratifs dans des affres et des tourments insondables. Je ne rentre dans aucune de leur case, ou plutôt dans plusieurs, ce qui n’est pas possible avec les logiciels de gestion, donc ils ne savent pas où me mettre. Du coup, la moindre démarche prend un temps absolument délirant. Déjà en temps normal c’est pas rapide rapide, mais alors là hein, on m’a clairement fait comprendre que je cherchais les problèmes aussi, avec mon statut bizarre…

Le premier mois, on a oublié de me payer. Oui c’est pas comme si c’était important de payer les gens, hein. J’ai hérité d’un téléphone vaudou. Il a fallu 6 mois ou presque pour que j’ai un bureau sur un des sites où je bosse. Donc 6 mois aussi pour avoir un téléphone (heureusement j’ai récupéré celui de la personne avant moi, j’ai refusé de le rendre, et ils ont changé son nom par le mien dans l’annuaire). J’ai enfin obtenu une carte de cantine après un délai assez délirant. Le cocasse, c’est qu’après des semaines de demande, à une énième relance j’ai reçu une réponse hyper pète-sec m’informant que la carte était disponible depuis un moment (j’eusse dû le deviner) et que j’avais intérêt à me grouiller de venir la chercher sous 48h, et que ça saute, sans quoi elle serait détruite (j’eusse dû leur raboter le faciès avec l’agrafeuse).

Pour finir, ce matin, je me suis payé un fou rire derrière mon ordinateur, toute seule. Mais vraiment. Comme je travaille donc pour plusieurs structures, je suis sensée avoir une adresse mail pour chacune : si je veux diffuser un message à tout le département machin, je dois avoir une adresse mail du département machin pour des questions de serveur, d’autorisation et de sécurité blablabla. Admettons.

9 mois. Il a fallu 9 mois (sur un contrat d’un an) pour que j’ai enfin accès à cette adresse. Le type du service informatique est passé mardi pour me donner le mot de passe et m’aider à paramétrer la boite mail. Lui, je lui aurai bien roulé une pelle parce qu’en fait il a un peu fini par s’assoir sur les procédures : comme il y a un peu bataille d’ego, des responsabilités et de je-m’en-foutisme aux rangs du dessus, tout le monde se refilait la patate chaude en expliquant qu’il ne pouvait pas, que c’était à bidule de s’en charger, bidule disait que non parce que c’était à truc, mais truc n’a pas les autorisations donc ça devrait être chose, et moi je n’avais toujours pas d’adresse.

Mardi, enfin, le Saint Graal est atteint, j’ai même pu envoyer les vœux à tout le monde grâce à mon adresse flambante neuve. Ça a même marché du premier coup, pas de plantage général des serveurs, pas de message d’erreur énervant, bref, que du bonheur. J’étais sur un petit nuage. La béatitude incarnée en moi. Joie, bonheur. J’ai mon bureau d’un côté, mon bureau de l’autre, des téléphones (dont un vaudou, mais on peut pas tout avoir), et toutes mes adresse mails qui marchent enfin correctement. 9 mois de gestation difficile mais on y est enfin arrivé.

Ce matin, 9h, ô stupeur, dans ma boite mail, un message transféré par mon chef :

Suite à une période d’inactivité de 1 an, les comptes mails des personnes suivantes vont être supprimés dans 30 jours :

appolonie@tagadatsoinsoin-universite.fr

Sans réponse de votre part les dit comptes seront détruits, car n’ayant jamais été utilisé.

Inutile de vous dire que je suis restée peut-être 30 bonnes secondes la bouche grande ouverte devant mon écran, avant de partir dans une crise de rire semi-hystérique au cours de laquelle j’ai failli faire pipi dans ma culotte de façon incontrôlable. (Juste pour rappel, je travaille là depuis 9 mois et l’adresse à notamment servi mardi à joindre tout le département. Voilà voilà.)

… Non mais il faut le dire. Ils sont forts, à l’université. Ils sont très très forts.

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La question de l’augmentation

Mes petits poulets panés,

D’abord une bonne année tout ça, j’espère que le gras des fêtes qui s’était figé dans votre cerveau est un peu redescendu et que vous émergez petit à petit. Pour moi, j’avoue, c’est encore compliqué, et pourtant aujourd’hui, j’ai tellement brillé intellectuellement qu’il faut que je vous raconte ça.

Tout à l’heure, on a fait une réunion de service, et à la fin j’ai dit à mes chefs que mon contrat se terminait bientôt, et que j’aurais bien voulu savoir s’ils acceptaient de me supporter plus longtemps en me payant plus. Ils ont poussé un tas de soupir, ils se sont regardés en gonflant les joues, ils ont dit que c’était pas trop tôt que ça se termine, et que pour le renouvellement, ils ne savaient pas, hein, fallait y réfléchir. Ils ont soutenu qu’ils étaient pas masochistes, je leur ai rappelé qu’on travaillait tous pour l’université quand même, et ils ont ricané que c’était pas faux.

Après ils ont dit qu’ils allaient me poser deux ou trois questions pour être sûrs.

Ils ont été un peu désappointés, quand ils m’ont demandé ce que je ferais si on me demande l’heure et que je mange un cornet de frites. J’ai répondu que comme je ne portais pas de montre (là j’ai agité mes petits poignets nus), j’allais plonger ma main libre dans ma poche pour sortir mon téléphone portable et regarder l’heure dessus, sans renverser mes frites du coup.

Un de mes chefs a eu l’air très déçu, pendant que l’autre ricanait : « Ha bah là elle t’a bien niqué tiens, hin hin hin. »

Après ils m’ont posé une vraie question de communication et de science parce que fallait pas trop déconner non plus, soyons un peu sérieux. Une question posée le midi même par un chercheur du CNES. Un type qui travaille apparemment sur des trucs spatiaux intelligents, genre des missions qu’on envoie sur Mars et tout, je vous raconte pas l’angoisse pour moi.

« Si on envoie un labrador sur Mars via la mission spatiale dont le lancement aura lieu en  2019, comment appelle-t-on le labrador? »

Là je me suis concentrée très fort, j’ai regardé mes pieds, le plafond, le rétroprojecteur, un chef, l’autre, de nouveau la table. Celui qui avait posé la question avait un petit sourire en coin satisfait, l’autre cherchait visiblement la réponse comme moi.

Et PAF l’illumination, j’ai lancé la réponse.

Brève, brillante, concise. Je savais ce que je faisais. Sûre de moi.

Ils se sont regardés tous les deux en opinant du chef, ils ont eu l’air très contents de moi, et ils ont accordé qu’ils me gardaient, et qu’ils allaient même proposer à la direction de m’augmenter de salaire et de grade parce que là, grosse classe, j’étais faite pour le poste. J’étais hyper fière de moi, genre les chevilles qui enflent et tout, et on est allé arroser ça en descendant à la cafeteria des étudiants pour boire un coca, la grosse fête du slip quoi (ha désolé pour le champagne on repassera plus tard, ici c’est la recherche, on n’a pas d’argent.).

Voilà, qui l’eut cru ? En fait, j’étais faite pour la science depuis toujours.

PS : La réponse, pour le labrador sur Mars, c’est qu’on l’appelle un marchien.

 

 

 

Madame Bruyante

Je suis toute fascinée par une personne avec qui je travaille, et qui, j’ai fini par m’en rendre compte, incarne à elle toute seule le concept « bruyant ».

Je vous explique. Elle est plutôt petite, menue, pas bien grosse comme on dirait. Le genre de personne dont on pourrait presque dire qu’elle fait petite souris. Mais en fait pas trop. Pas du tout. Elle a en effet un talent incroyable : quoi qu’elle fasse, ça fait du bruit. Toujours. Beaucoup. Bref, au lieu de petite souris, elle m’évoque plutôt un gros éléphant dont elle n’a pourtant pas l’ampleur du tout.

Par exemple, elle a un clavier d’ordinateur tout plat, là, les claviers Mac, que quand tu tapes dessus, ça fait un léger cliquetis. Pas elle. Elle frappe les touches comme si chacun de ses doigts devaient achever d’écraser le crâne de son pire ennemi pour le réduire en bouilli. Du coup, au lieu de faire un petit « clic clic clic » ça fait plutôt  « CLAC CLAC CLAC BONK! » (bonk, c’est quand elle frappe la barre espace de son pouce vigoureux).

Quand elle va chercher un dossier dans son placard, au lieu de produire un léger glissement de la porte qui coulisse puis quelques bruits de papiers qu’on froisse, on entend plutôt « VLAM VLAM » (portes coulissantes enfoncées au bélier), « SHLAKABOUM BONK SCHLAKABOUM » (les dossiers qui valdinguent d’une étagère à l’autre), « VLAM VLAM » (portes bis).

Quand elle marche dans le couloir, quelles que soient les chaussures qu’elle porte, je l’entends arriver dès qu’elle sort de l’ascenseur à l’autre bout du couloir. « BOM BOM BOM BOM BOM BOM » (vous auriez pu croire qu’elle portait des rangers de combat cloutées, que nenni, ce sont des petits escarpins qu’elle a aux pieds).

Elle utilise beaucoup Skype avec sa directrice. Elle hurle à moitié, parce qu’en plus comme la connexion n’est pas bonne une fois sur deux, elle passe des heures à hurler : « ET LA VOUS M’ENTENDEZ, MARTINE ? NAN ? BON JE RAPPELLE TOUT DE SUITE POUR VOIR SI CA MARCHE MIEUX. ALLO ? AH ET MAINTENANT ? TOUJOURS PAS TRÈS BIEN? »

Je l’ai observée au fil des semaines, c’est proprement hypnotisant. En fait, elle ne sait rien faire dans la discrétion. J’en suis venue à me demander si elle n’était pas légèrement sourde, ce qui expliquerait pourquoi elle ne se rend pas compte du bruit qu’elle fait. Que nenni. Quand je lui dis des trucs pas forts du tout depuis l’autre bout du bureau, elle entend parfaitement bien.

Vous vous rappelez les livres « Monsieur et Madame » qu’on avait, gamins ? Monsieur Costaud, Madame Gourmande, Monsieur Peureux, Madame Pipelette… Ben voilà, moi, j’ai en vrai, dans mon bureau, « Madame Bruyante ».

Pour le moment, ça me fascine. Jusqu’au jour où je complèterai probablement la collection par « Madame Ma Main Dans Ta Figure ».

La réunion de l’enfer, ou comment j’ai failli planter mon bic dans une narine (pas la mienne).

J’ai fait 2h de réunion et là, je vous jure, en sortant, j’ai eu des envies de cogner des gens. Mais vraiment.

Il y a un projet où, comme j’ai de vagues connaissances en la matière, on m’a demandé de venir mettre mon nez, pour jeter un œil et donner mon avis, parce que ça fait 6 mois que ça n’avance pas. Normalement c’est pas ma structure, pas mon département, et certainement pas mon boulot, mais comme je suis sympa, j’ai dit oui à titre consultatif.

On vient de faire 2h de réunion pour rien, en fait. Mais vraiment. Je m’en étrangle de rage pour ne rien vous cacher. Il y un quidam qui devrait gérer ça, mais en fait non, ça ne doit pas l’intéresser, ou il a sûrement des choses beaucoup plus palpitantes à faire. Donc il vient, il laisse le directeur s’occuper de tout pendant qu’il pianote sur son ordinateur. En fait il a passé 2h à empêcher la réunion d’avancer en faisant des remarques, qui, à part monopoliser l’attention sur lui et faire croire qu’il participe, n’ont aucun intérêt. Mais vraiment aucun. Du style « Y a une faute de frappe à la ligne 12, là, non il faut le signaler, parce que vous comprenez, on commence comme ça, et après le reste du laxisme blablablabla » ou bien « Moi je trouve l’image un peu grosse, il faut penser aux gens qui consultent ça sur une tablette ou un smartphone, sinon, après, ils voient moins bien, et du coup blablablablabla ».

J’avais envie de lever la main, d’obtenir l’attention publique, et de dire posément : « Est-ce que quelqu’un se rend compte qu’il monopolise 8 personnes pour un projet dont il aurait dû se charger, parce que c’est SON TAF, et que non content de ne pas le faire, il fait perdre du temps et empêche de bosser des gens qui ont peut-être, eux, du travail qu’ils essaient de faire correctement? Enfin, je sais pas, hein, mais est-ce que quelqu’un est bien CONSCIENT DE CE QUI SE PASSE ICI OU C’EST JUSTE MOI? »

J’ai failli lui enfoncer mon bic dans le cerveau, via la narine, juste pour qu’il se taise. Vraiment. Mon regard s’est porté sur mon bic… Sa narine… J’ai commencé à faire des calculs de trajectoire pointe-du-bic-narine-de-la-cible…

Ce qui m’a fascinée, c’est le moment où il a interrompu le directeur du département (qui ne devrait même pas être là, parce qu’il devrait pouvoir déléguer ce projet sans s’en occuper), pour dire un truc du style « Ha oui, au fait, Machine, il me faudrait ça, il faudra que tu le fasses. – Mais euh, pour cette future version du projet sur laquelle on bosse ? Je comprends pas.
– Ben non, sur l’actuelle, mais bon je te le dis pendant que j’y pense. »

Fa-sci-nant. A aucun moment, on ne lui a dit : « Oyez, oyez, règle de base, de bon sens et de courtoisie à la fois :  tu n’interromps pas la discussion de 8 personnes juste pour dire le premier truc qui te passe par la tête à ta voisine. Tu le notes sur ton carnet, et tu lui en parles après la réunion. Donc, tu la fermes. Merci. »

Et là où il est vraiment hyper fort, c’est quand on est arrivé à la fin, et où après avoir donc passé 2H à raconter des énormités plus grosses que lui, il a conclu brillamment par :

« Donc on va faire venir un prestataire externe qui va se charger de faire le boulot pendant 3 jours. »

Moi, intérieurement : bravoooooo c’est exactement ce que je leur avais déjà dit de faire il y a 6 mois...

« J’aimerais mieux qu’il vienne travailler sur place, qu’on vérifie s’il est compétent. »

Moi, toujours intérieurement : et je me demande bien comment tu vas vérifier ça vu que tu es toi-même totalement incompétent en la matière…

« De la sorte, il pourra en profiter pour former Machine et Appolonie, comme ça elles s’en chargeront à l’avenir. »

Moi : Ouais ouais c’est ça cause toujours tu… Hein… Quoi… Attends… Mais qu’est-ce que …  Attends mais qu’est-ce qu’il vient de dire de qui va être formé à quoi là !?!?

Là… là… J’ai failli me lever et l’acclamer. Je regrette, à un point que vous n’imaginez pas, de ne pas m’être mise debout pour applaudir, avec force et éclat, cet instant magique : il ne fait pas son boulot, il se débrouille pour tout refourguer à d’autres, il empêche les malheureux désignés d’office d’avancer à force de noyer le poisson. Et, stade ultime, il se débrouille pour essayer de me fourguer une partie du travail alors que je ne fais même pas partie de sa structure et que je n’ai rien à y faire.

Ce jour, j’ai reçu une grande leçon professionnelle. Je pensais pourtant en avoir vu des vertes et des pas mûres en bossant en agence de com. J’ai dû réviser avec humilité mon opinion, car, non, je n’ai pas tout vu, et je dois me faire à l’idée que le monde du travail parviendra toujours à m’étonner.

Tant de suffisance et d’incompétence mêlées à une outrecuidance pareille… Moi je dis, chapeau, l’artiste.

Le je-m’en-foutisme du lundi matin

Mes petits narvals en bois de santal,

Le lundi matin, je suis généralement assez grognon. Surtout quand j’ai passé 35 minutes debout, ballotée par le doux transport du tram bondé qui avait un problème sur la ligne blablabla, avec un abruti qui écoutait avec son casque de la mauvaise musique très fort dans mon oreille gauche, et à mon oreille droite une étudiante gloussante qui raconte au téléphone son palpitant week-end où finalement il ne s’est rien passé avec Charles-Eudes-de-mes-fesses mais elle pense qu’elle a ses chances encore (après 35 minutes de discussion, j’ai failli la gifler en lui disant de laisser tomber direct, elle n’en a clairement aucune).

Après j’ai ouvert ma boite mail, et là, une avalanche de contrariété m’a sauté à la gorge. Notamment, il y a un truc qui m’énerve passablement. Il y a quatre mois, j’ai fait appel à une société informatique pour m’aider sur un problème que j’avais et qui dépassait mes compétences. Depuis, je ne sais pas pourquoi, toute la société en question m’adresse les factures qui n’ont pas été payées depuis des mois et des mois. Les histoires de règlement par mandat administratif, bon de commande et autres subtilités de l’état, je veux bien, ça prend du temps, et c’est long et casse-pied.

Néanmoins, quand je reçois le lundi matin un mail me sommant de payer telle prestation réalisée en janvier 2015, sans quoi ça va barder, ou à défaut de les renseigner sur l’avancement du dossier, ou encore de les envoyer vers le bon contact, la moutarde m’est montée au nez.

Ce à quoi j’ai pu répondre gracieusement :

« Monseigneur,

Loin de moi toute idée de contrarier Votre Magnificence. Nonobstant, je n’œuvrais point encore pour ce brillant creuset de la science au commencement de l’an de grâce 2015, étant donné que j’eus l’insigne honneur d’être recrutée en mai. Bien qu’au désespoir de ne pouvoir accéder à votre requête, je ne saurais trop vous conseiller que de vous adresser à la personne dont le nom, le téléphone et le mail sont inscrits sur ladite facture. En haut. Si si, là, juste à côté du mot « Facture » et « Contact ». Restant votre humble serviteur, je me permets néanmoins de vous recommander d’apprendre donc à lire, ce qui, par la grâce du ciel, vous évitera d’emmerder le monde un lundi matin. Sur ces excellentes paroles, je vous souhaite une exécrable journée, et que des scarabées coprophages viennent dévorer votre cerveau. Cordialement bisous. »

 

 

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