8 jours, 11 heures, 54 minutes

Des fois, il se passe des choses un peu bizarres dans ma vie sans que je fasse trop exprès. Par exemple je clique sur un truc sur internet et je me retrouve en 4 semaines à déménager au Vietnam. J’ai aussi failli partir avec l’ONU à Haïti avec ce genre de bêtises.

Je me suis mise à faire du sport sans trop faire exprès. Parce que je devais passer des tests sportifs pour un job (que je n’ai pas eu), et du coup je me suis rendu compte après 15 ans de militantisme anti-sportif que tiens, si, c’était pas si mal de trottiner. Six mois plus tard, je courais 10 bornes et j’achetais des baskets de drag queen sous LSD.

Dimanche dernier, je crois que j’ai arrêté de fumer.

Ca faisait un moment que je me disais que je devrais, hein. Que fumer c’est maaaaaal, que ça coûte de souuuuuus, que c’est pas bon pour les poumoooons, que ça tue les licooooooornes, etc etc. Mais en fait j’avais, soyons honnêtes, autant de volonté qu’une huître molle. Autant j’ai pu à une époque m’enfiler 2 paquets par jour dans les périodes de stress (« Wouhouuuuu, et si j’en mets dans les narines et les oreillllllles, ça fait plus de nicotiiiiiiiine?!?!?!?! »). Autant là j’en grillais à peu près 5 en moyenne. Pas de quoi fouetter un chat. Donc bon l’argument financier, ben oui, ça faisait un peu de sous si on comptait sur un mois, mais toujours pas de quoi fouetter un chat (pauvre bête, j’aime autant). Et mes poumons merci, mais avec la pollution à Paris, franchement, on en était pas à un peu de goudron près…

Il y a huit jours, je suis partie à la campagne avec des amis pour le week-end. Un groupe de non-fumeurs majoritaires. Samedi soir, j’ai fumé la dernière cigarette de mon paquet. Après je n’en avais plus. Le dimanche matin, j’ai taxé une cigarette à quelqu’un parce qu’avec le café, quand même, hein, voilà. Je n’en ai pas demandé d’autre, parce que je n’aime pas être la fille qui taxe. Et puis dimanche en fin de journée, on m’a déposée devant chez moi. J’aurais pu ressortir racheter des cigarettes. J’aurais pu. Le tabac de Denfert-Rochereau est ouvert le dimanche après-midi jusqu’à 19h.

J’ai eu la flemme. Voilà, je crois que c’est parti de là: pas envie de ressortir, comme une grosse feignasse. Je ne prétendrai en aucun cas à un effort surhumain d’une volonté de fer dans la lutte contre le tabagisme : j’ai juste une mentalité de lemming.

Après le lundi je me suis dit que si j’avais pu m’en passer dimanche, je n’avais qu’à continuer sur cette lancée. D’après les statistiques, je ne suis même pas vraiment dépendante à la nicotine, c’est juste mon cerveau un peu neuneu qui a pris des habitudes. Il faut juste que j’arrive à convaincre le neuneu que café n’est pas égal à clope, attendre le bus pas égal à clope, boire un verre pas égal à clope…

J’ai ressorti une vieille cigarette électronique que j’avais achetée un jour très lointain. Il n’y a rien que de la flotte et de l’arôme dedans. Quand j’ai envie d’une cigarette, je tire quelques bouffées, le neuneu fait « Haaaaaa de la fuméééééeeeeee shmouik shmouiiik », après il est tout content et ça passe.  J’ai chargé une application à motiver le neuneu sur mon téléphone, elle me félicite régulièrement, et comme j’ai une mentalité de gamine de 5 ans je n’ai pas envie de faire retomber mes bons points. Oui, je vous l’accorde, c’est débile, mais le neuneu l’est tout autant.

Je ne sais pas combien de temps ça va durer. Si j’aurais la motivation réelle pour arrêter. Ou pas. Si ça se trouve cette nuit, je vais me faire arrêter par les flics parce que je secouerai la grille du tabac à 3h du matin en hurlant des insanités pour avoir mon paquet de Marlborough (le tabac et l’hôtel de police du 14ème sont à moins de 100m de chez moi, je vis dangereusement). Je suis un peu fière de moi. En même temps pas trop, parce que j’ai juste eu la flemme.

A l’heure où je vous écris, ça fait 8 jours, 11 heures et 54 minutes que je feinte le neuneu, et je crois bien que j’ai arrêté de fumer sans faire exprès.

 

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