La semaine où le destin te dit de rester dans ton lit avec de la vodka

Lundi, je suis partie au travail sans mon sac à dos de boulot qui était pourtant juste devant la porte d’entrée chez moi.

Mardi, en rentrant le soir j’ai découvert que j’avais mal fermé la porte du congélateur, que j’ai donc dû vider, et j’ai cuisiné jusqu’à 1h du matin à peu près 10kg de nourriture pour pas trop gaspiller.

Mercredi, le métro marchait pas alors j’ai pris le bus, ledit bus a arraché un rétroviseur de voiture, les deux conducteurs en sont venus aux mains et la police qui passait a dû intervenir.

Ca va le karma, ça va. J’ai compris le message.

Jeudi, vendredi, samedi et dimanche, je crois que je vais rester chez moi enroulée dans ma couette et pas trop bouger. Avec de la vodka. Au cas où.

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Fucking lundi matin

Désolée je vais me faire laver la bouche au savon par ma mère mais franchement…

La semaine dernière a été assez fatigante, là c’est lundi mais j’ai réussi à sortir du lit à peu près dans les temps. J’ai un peu traîné mais pas trop, il faisait pas chaud mais beau, je suis partie de chez moi avec les yeux un peu collés. Montée dans le métro, descendue, remontée dehors sur le quai du tram, attendu un peu, montée dans le tram. Pas de place assise tout de suite mais deux stations plus loin un siège se libère, contente parce que le trajet est un peu long. Je regardais dehors le soleil, c’est dommage de s’enfermer pour bosser mais bon c’est la vie ma bonne dame, d’ailleurs le boulot, faudra qu’en arrivant ce matin j’envoie un mail à…

SOUDAIN. CA MONTE AU CERVEAU. LE DRAME.

J’ai laissé chez moi le sac à dos du travail qui contient mon ordinateur, mes dossiers, et tout ce qu’il me faut pour bosser, et il m’a fallu 25 minutes de trajet pour m’en rendre compte. Oui oui, le sac qui était posé juste devant ma porte d’entrée pour être sûre de ne pas l’oublier en partant au travail. Gros mots, descente précipitée du tram, demi-tour direction maison.

… Fucking lundi matin.

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Le haïku palpitant – Acte 7

Une voisine au resto qui parle régime diététique très fort

Mon burger dégoulinant de gras et de frites qui arrive à table

Ses yeux révulsés quand j’ai ajouté de la mayo.

Je n’ai qu’une chose à ajouter :

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Mon diablotin nutritionnel intérieur a fait à peu près cette tête-là, au moment où le petit angelot de la diététique saine périssait noyé dans une mare de graisse et où il a fallu appeler les pompiers parce que la demoiselle de la table d’à côté faisait des convulsions au sol.

L’ode funéraire au bien aimé

Mes petits chlamydophores tronqués,

Aujourd’hui c’est la désespéritude totalesque.  Déjà il y a peu j’ai oublié mon carnet à dessin nomade que j’ai toujours sur moi chez des amis, après mon piano électronique tout neuf a décidé de rendre l’âme subitement, et là jamais deux sans trois : mon jean fétiche est mouru.

Ce jean, je l’aime d’amour depuis longtemps pour plusieurs raisons. D’abord, j’ai renoncé il y a un moment à être la fille impeccable en jupe-talons tous les jours (pardon maman, les mères-grands et toutes les femmes élégantes qui m’ont précédée, mais juste j’ai pas le courage), et ce jean, c’est devenu celui que j’enfilais le matin sans réfléchir parce que voilà.

En plus, il datait de mon séjour au Vietnam. Un vrai-faux Dolce & Gabbana payé au moins 300.000 dongs si mes souvenirs sont bons (ça doit faire presque 10€, une véritable fortune!!!). En soi ce n’était pas du tout la marque de contrefaçon collée dessus qui m’avait attirée, c’est surtout que c’était probablement le SEUL jean de tout Hanoï dans lequel j’ai pu rentrer mon hippopotamesque anatomie de bibendum occidental. On a passé une après-midi entière avec ma copine Manu à faire tous les magasins qu’on a croisés,  à sautiller compulsivement en cabine pour essayer de rentrer dans ces saloperies de pantalon et de les fermer sans arrêter de respirer (échec 9 fois sur 10, et encore, quand la vendeuse ne nous riait pas direct au nez au moment où on franchissait la porte).

Hier, au moment de l’enfiler, soudain j’ai vu l’horreur dans toute sa totalité : la toile est en train de céder à côté de la couture en haut de la cuisse droite. Il y a même déjà un trou un peu plus bas que je n’avais pas vu, de toute petite taille certes, mais quand même.

D’un côté, heureusement que je m’en suis aperçue à temps. J’imagine d’ici la scène d’enfer, moi me penchant pour ramasser un stylo au milieu de mes collègues, un grand CRAC sonore et la moitié de mon fessier dévoilé au public ébahi et hilare. Crédibilité professionnelle ruinée. (évidemment il ne cédera pas au moment où je serai chez moi seule en train de récurer le placard sous l’évier, où serait l’intérêt ?)

Me voici donc plongée dans les abysses insondables de la recherche d’un nouveau jean fétiche, alors que je sanglote encore la perte du bien aimé Dolce & Gabbana à 300.000 dongs. Je ne sais pas comment je pourrais le remplacer, tellement il était doux et vieux, et il s’était usé sur moi en prenant ma forme, bref il était parfait et même si j’en trouve un autre bien, ce ne sera plus jamais pareil. Je parcours les sites en ligne et les rayons de magasin avec l’air morne, la carte bleue en berne, la lippe pendante et tremblotante, nul modèle ne trouvant grâce à mes yeux. J’en ai essayé plusieurs, aucun ne pouvait remplacer mon préféré.

… En revaaaaaaanche, il faudra qu’on m’explique par quel processus de deuil assez étrange je suis repartie des magasins sans jean, mais avec une marinière, des ballerines et un foulard (je suis une misérable).

 

L’université m’a achevée, ou les méandres administratifs du mail

Mes petits brochets emberlificotés,

Vous savez que j’ai commencé à travailler au joli mois de mai dernier pour l’université, la recherche, la science et tout ça. D’un point de vue logistique, ça a été l’enfer. Le problème, c’est que je travaille pour plusieurs structures en même temps, à parts égales entre elles sur le papier. Sur le papier d’accord, mais ça a plongé les gestionnaires administratifs dans des affres et des tourments insondables. Je ne rentre dans aucune de leur case, ou plutôt dans plusieurs, ce qui n’est pas possible avec les logiciels de gestion, donc ils ne savent pas où me mettre. Du coup, la moindre démarche prend un temps absolument délirant. Déjà en temps normal c’est pas rapide rapide, mais alors là hein, on m’a clairement fait comprendre que je cherchais les problèmes aussi, avec mon statut bizarre…

Le premier mois, on a oublié de me payer. Oui c’est pas comme si c’était important de payer les gens, hein. J’ai hérité d’un téléphone vaudou. Il a fallu 6 mois ou presque pour que j’ai un bureau sur un des sites où je bosse. Donc 6 mois aussi pour avoir un téléphone (heureusement j’ai récupéré celui de la personne avant moi, j’ai refusé de le rendre, et ils ont changé son nom par le mien dans l’annuaire). J’ai enfin obtenu une carte de cantine après un délai assez délirant. Le cocasse, c’est qu’après des semaines de demande, à une énième relance j’ai reçu une réponse hyper pète-sec m’informant que la carte était disponible depuis un moment (j’eusse dû le deviner) et que j’avais intérêt à me grouiller de venir la chercher sous 48h, et que ça saute, sans quoi elle serait détruite (j’eusse dû leur raboter le faciès avec l’agrafeuse).

Pour finir, ce matin, je me suis payé un fou rire derrière mon ordinateur, toute seule. Mais vraiment. Comme je travaille donc pour plusieurs structures, je suis sensée avoir une adresse mail pour chacune : si je veux diffuser un message à tout le département machin, je dois avoir une adresse mail du département machin pour des questions de serveur, d’autorisation et de sécurité blablabla. Admettons.

9 mois. Il a fallu 9 mois (sur un contrat d’un an) pour que j’ai enfin accès à cette adresse. Le type du service informatique est passé mardi pour me donner le mot de passe et m’aider à paramétrer la boite mail. Lui, je lui aurai bien roulé une pelle parce qu’en fait il a un peu fini par s’assoir sur les procédures : comme il y a un peu bataille d’ego, des responsabilités et de je-m’en-foutisme aux rangs du dessus, tout le monde se refilait la patate chaude en expliquant qu’il ne pouvait pas, que c’était à bidule de s’en charger, bidule disait que non parce que c’était à truc, mais truc n’a pas les autorisations donc ça devrait être chose, et moi je n’avais toujours pas d’adresse.

Mardi, enfin, le Saint Graal est atteint, j’ai même pu envoyer les vœux à tout le monde grâce à mon adresse flambante neuve. Ça a même marché du premier coup, pas de plantage général des serveurs, pas de message d’erreur énervant, bref, que du bonheur. J’étais sur un petit nuage. La béatitude incarnée en moi. Joie, bonheur. J’ai mon bureau d’un côté, mon bureau de l’autre, des téléphones (dont un vaudou, mais on peut pas tout avoir), et toutes mes adresse mails qui marchent enfin correctement. 9 mois de gestation difficile mais on y est enfin arrivé.

Ce matin, 9h, ô stupeur, dans ma boite mail, un message transféré par mon chef :

Suite à une période d’inactivité de 1 an, les comptes mails des personnes suivantes vont être supprimés dans 30 jours :

appolonie@tagadatsoinsoin-universite.fr

Sans réponse de votre part les dit comptes seront détruits, car n’ayant jamais été utilisé.

Inutile de vous dire que je suis restée peut-être 30 bonnes secondes la bouche grande ouverte devant mon écran, avant de partir dans une crise de rire semi-hystérique au cours de laquelle j’ai failli faire pipi dans ma culotte de façon incontrôlable. (Juste pour rappel, je travaille là depuis 9 mois et l’adresse à notamment servi mardi à joindre tout le département. Voilà voilà.)

… Non mais il faut le dire. Ils sont forts, à l’université. Ils sont très très forts.

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La question de l’augmentation

Mes petits poulets panés,

D’abord une bonne année tout ça, j’espère que le gras des fêtes qui s’était figé dans votre cerveau est un peu redescendu et que vous émergez petit à petit. Pour moi, j’avoue, c’est encore compliqué, et pourtant aujourd’hui, j’ai tellement brillé intellectuellement qu’il faut que je vous raconte ça.

Tout à l’heure, on a fait une réunion de service, et à la fin j’ai dit à mes chefs que mon contrat se terminait bientôt, et que j’aurais bien voulu savoir s’ils acceptaient de me supporter plus longtemps en me payant plus. Ils ont poussé un tas de soupir, ils se sont regardés en gonflant les joues, ils ont dit que c’était pas trop tôt que ça se termine, et que pour le renouvellement, ils ne savaient pas, hein, fallait y réfléchir. Ils ont soutenu qu’ils étaient pas masochistes, je leur ai rappelé qu’on travaillait tous pour l’université quand même, et ils ont ricané que c’était pas faux.

Après ils ont dit qu’ils allaient me poser deux ou trois questions pour être sûrs.

Ils ont été un peu désappointés, quand ils m’ont demandé ce que je ferais si on me demande l’heure et que je mange un cornet de frites. J’ai répondu que comme je ne portais pas de montre (là j’ai agité mes petits poignets nus), j’allais plonger ma main libre dans ma poche pour sortir mon téléphone portable et regarder l’heure dessus, sans renverser mes frites du coup.

Un de mes chefs a eu l’air très déçu, pendant que l’autre ricanait : « Ha bah là elle t’a bien niqué tiens, hin hin hin. »

Après ils m’ont posé une vraie question de communication et de science parce que fallait pas trop déconner non plus, soyons un peu sérieux. Une question posée le midi même par un chercheur du CNES. Un type qui travaille apparemment sur des trucs spatiaux intelligents, genre des missions qu’on envoie sur Mars et tout, je vous raconte pas l’angoisse pour moi.

« Si on envoie un labrador sur Mars via la mission spatiale dont le lancement aura lieu en  2019, comment appelle-t-on le labrador? »

Là je me suis concentrée très fort, j’ai regardé mes pieds, le plafond, le rétroprojecteur, un chef, l’autre, de nouveau la table. Celui qui avait posé la question avait un petit sourire en coin satisfait, l’autre cherchait visiblement la réponse comme moi.

Et PAF l’illumination, j’ai lancé la réponse.

Brève, brillante, concise. Je savais ce que je faisais. Sûre de moi.

Ils se sont regardés tous les deux en opinant du chef, ils ont eu l’air très contents de moi, et ils ont accordé qu’ils me gardaient, et qu’ils allaient même proposer à la direction de m’augmenter de salaire et de grade parce que là, grosse classe, j’étais faite pour le poste. J’étais hyper fière de moi, genre les chevilles qui enflent et tout, et on est allé arroser ça en descendant à la cafeteria des étudiants pour boire un coca, la grosse fête du slip quoi (ha désolé pour le champagne on repassera plus tard, ici c’est la recherche, on n’a pas d’argent.).

Voilà, qui l’eut cru ? En fait, j’étais faite pour la science depuis toujours.

PS : La réponse, pour le labrador sur Mars, c’est qu’on l’appelle un marchien.

 

 

 

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